30 ans du procès Barbie à Lyon,

30 ans du procès Barbie à Lyon,

30 ans du procès Barbie à Lyon

 

Prise de parole de M. Hervé SULTAN, Vice-Président du Crif Auvergne- Rhône-Alpes                 

Cérémonie du 2 juillet 2017 - Rillieux La Pape

1 - Lundi 3 juillet, à l’occasion du 30e anniversaire du procès Barbie, à Lyon, 1er procès pour crime contre l’Humanité jugé en France,s'est déroulée une cérémonie solennelle à l’intérieur et sur le parvis du Palais de Justice (24 colonnes), au cours de laquelle on a pu entendre, entre autres, la liste des noms des victimes de Klaus Barbie, dont celles toutes juives de la rafle de la rue Sainte-Catherine ou de la rafle de la colonie d’Izieu.

Mardi au Palais de Justice, on n’a pas entendu les noms de ces 7 hommes, 7 otages, 7 martyrs à qui nous avons rendu hommage lundi matin à Rillieux la Pape…Les noms de Claude Benzimra, Leon Glaeser, Louis Kriskowski, Siegfried Prock, Maurice Schusselman, Emile Zeizig et cet homme sans identité d’environ 25 ans sont gravés dans notre mémoire. Oui, c’est la même barbarie, la même haine, cette haine antisémite qui les a conduits à ce destin tragique et injuste.

Au nom du Crif Auvergne Rhône Alpes, je voudrais remercier la mairie de Rillieux la Pape, le Département, la Région d’avoir su pérenniser cette cérémonie commémorative du 29 juin 1944.

Des cérémonies où je me souviens avoir croisé à plusieurs reprises, Gérard Benzimra, le frère d’un des fusillés, présent malgré son âge et la fatigue. Je me rappelle également la participation d’un  « conseil municipal des enfants »…venu écouter la narration de l’histoire et l’explication morale des faits et atrocités commises il y a aujourd’hui 73 ans.

2 - Les 28 et 29 juin 1944, nous sommes déjà plus de 3 semaines après le débarquement des alliés sur les côtes de Normandie. La guerre touche à sa fin et est pratiquement perdue pour l’Allemagne nazie et ses collaborateurs. Et pourtant…L’élimination, à Paris, par des résistants, du secrétaire d’état à l’information et à la propagande de Vichy, Philippe Henriot, va provoquer la fureur des miliciens de Lyon, qui, sur ordre de Paul Touvier, vont se lancer dans une traque macabre pour trouver des otages juifs qui devaient  « payer ». Aucun de ceux qui ont été arrêtés, incarcérés, puis emmenés devant ce mur pour être froidement assassinés, n’était résistant. …mais Ils étaient tous juifs. 

Emile Zeizig était l’un d’eux…Extirpé de son commerce à Ste Foy les Lyon, tabassé devant son épouse, dépouillé de tous ses biens, lui qui croyait tant en la France, au point de s’être inscrit volontairement sur les listes de français juifs réclamées par Vichy,…..fut incarcéré, impasse Catelin, à Lyon, dans les locaux de la Milice. Il fut fusillé au matin du 29 juin 1944, avec ses 6 autres compagnons d’infortune……Abattus sur le chemin de terre jouxtant le cimetière.

Merci aux autorités municipales de Rillieux d’avoir rebaptisé dans les années 2000, ce Chemin du Cimetière en Rue du Souvenir Français.

Merci aussi à la Ville de Lyon, qui a fait apposer en 2014, impasse Catelin, au Collège Jean Monnet, une plaque commémorative avec le nom des 7 otages assassinés. Saluons le travail de mémoire, effectué par des élèves du Collège Jean Monnet, sur les persécutions perpétrées dans les locaux de la Milice.

3 - Le président de la république Emmanuel Macron, se recueillant le 10 juin dernier, au village d’Oradour-sur-Glane a réaffirmé

«  S’il ne faut pas vivre dans le passé, des évènements sont symboliques » …« Si l’impact des balles s’est poli sur le mur, il en va de même de la mémoire. Elle aussi s’érode. Ce qui se transmet risque de s’affadir. Nous devons sans cesse raviver la flamme et lui redonner sens »

« Il faut que les jeunes générations voient de leurs propres yeux le lieu, qu’ils approchent la famille des victimes. Leur présence leur confie le rôle de témoins mais aussi de consciences, car tout peut recommencer. La barbarie couve toujours… »

La brûlante actualité de ces derniers mois lui donne raison et la disparition, il y a deux jours de la regrettée Me Simone Veil, très grande figure de notre Histoire de France, démontre l’urgente nécessité de la transmission de l’histoire par les jeunes générations.

4 - Si la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne doit pas faire de distinction entre les coupables…elle ne doit pas non plus faire de distinction entre les victimes: qu’elles soient des journalistes, qu’elles soient des policiers comme ces derniers jours sur les Champs Elysées, qu’elles soient des jeunes gens attablés en plein centre de Londres, qu’elles soient des personnes de confession musulmane lors d’une attaque à la fourgonnette à la sortie d’une mosquée de Londres…

Lorsque la victime est un agriculteur du Lot et Garonne, agressé, dimanche 18 juin dernier, d’un coup de couteau à l’épaule par un individu fiché S, qui ne respecte pas son assignation à résidence, il a droit à la même compassion, indignation ou couverture médiatique. Un de ses voisins agriculteurs a dit « Quand on s’en prend à un paysan, on s’en prend à ce que la France a de plus cher ».

Elie Wiesel, disparu il y a 1 an jour pour jour, et dont on pourra entendre le témoignage lors du procès Barbie, demain soir au Palais de Justice, avait dit, en 2009, devant une centaine de collégiens et lycéens de Nice:    Lire la suite sur le site du CRIF