« L’ancienne nécropole juive de Lyon doit être respectée »

« L’ancienne nécropole juive de Lyon doit être respectée »

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Le grand rabbin Wertenschlag et le rabbin Teboul, sur le chantier de l’Hôtel-Dieu. Les tombes sont dans les sous-sols à droite.
Photo R. Mouillaud

Sous les voûtes sombres, les projecteurs dévoilent des flaques d’eau à l’odeur putride. Mais de tombes, point du tout ! Ou plutôt, si : les morts sont là, sous cette immense dalle de béton posée au XIXe siècle… Dans les sous-sols de l’ancienne pharmacie de l’Hôtel-Dieu de Lyon dorment des dizaines de défunts juifs (au moins 32 dans une crypte), mais aussi, protestants, inhumés à partir du milieu du XVIIIe siècle. Cette information, connue de quelques initiés, est remontée à la surface à l’occasion du chantier de reconversion de l’ancien hôpital.

Tout près de la rue de la Barre

Plusieurs archives portaient la trace de ce cimetière situé sur la partie nord du site (juste derrière la rue de la Barre). Et le directeur du projet de reconversion, Bernard Vitiello (Eiffage), a jugé nécessaire de convier mardi les autorités religieuses juives, mais aussi protestantes, avant d’entreprendre tout travaux, pour s’assurer de ne commettre aucun impair : c’est à cet endroit  Lire la suite site LE PROGRES du 17/06/2015

« L’ancienne nécropole juive de Lyon doit être respectée »

Récemment, on exhumait un lieu d’inhumation juif à l’Hôtel-Dieu de Lyon, du XVIIIe siècle. Il faut que les projets immobiliers en cours valorisent cette découverte d’un patrimoine oublié, estime l’universitaire Jacques Gerstenkorn.

 

 

Plan du Cimetière des Juifs à l'Hôtel-Dieu, à Lyon (1778, Archives Départementales du Rhône)

Plan du Cimetière des Juifs à l'Hôtel-Dieu, à Lyon (1778, Archives Départementales du Rhône)

 

Par Jacques Gerstenkorn, universitaire

« Cachez ces morts que l’on ne saurait voir », enterrons-les à la cave : c’était encore l’usage en vigueur à la fin de l’Ancien Régime à « l’Hôtel-Dieu de Notre-Dame de Pitié du Pont du Rhône » pour enterrer les juifs. À dix heures du soir et aux lanternes, comme les protestants, mais ceux-ci avaient, malgré tout, le droit d’être enterrés en surface et parfois, selon leur importance sociale, en présence de quelques recteurs. La cour nord de l’Hôtel-Dieu était ainsi le champ de repos des âmes qui n’avaient pas encore droit de cité, à de rares exceptions chichement accordées au nom du Roi par des lettres patentes. Et cela pour quelques années encore : nous sommes à la veille de la Révolution française.

La découverte, révélée au grand jour (si l’on peut dire) par le journal lyonnais Le Progrès le mois dernier, dans l’enceinte de l’Hôtel-Dieu, de ces lieux d’inhumation juive datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle est un événement important à plus d’un titre. Elle témoigne d’abord de la charité chrétienne qui animait les administrateurs de l’Hôpital et tout particulièrement du dévouement du prêtre économe, Jean-Claude Prin, qui prit toutes les dispositions nécessaires pour accueillir sous les fenêtres des malades, jusqu’au pied même de la pharmacie, les dépouilles qui ne pouvaient trouver place en raison de leur confession dans les cimetières paroissiaux. Elle témoigne aussi du désir des juifs, exclus du royaume de France depuis des siècles, de sortir des ghettos ou des « carrières », ces quartiers du Comtat Venaissin où ils étaient encore confinés, et de réintégrer les villes où ils avaient, dans des temps très anciens, participé pleinement à l’essor urbain et à la prospérité. Vers 1770-1780, cette poignée de juifs à Lyon étaient marchands de soie, négociants, colporteurs, lunetiers ou encore maîtres de pension.

 

Un devoir de mémoire

 

Et voilà que les morts refont surface. Et qu’ils viennent nous mettre devant nos responsabilités. Descendez donc quelques marches : vous entrez dans une belle salle voûtée de 13 mètres de long et de 4,80 mètres de large, « à berceaux segmentaires à profonde pénétration », comme on dit dans les règles de l’art, agrémentée de bouches d’aération en abat-jour pour en renouveler l’air. Vous êtes à présent dans ce qu’on désignait à l’époque comme la cave ou encore la crypte des juifs. Sous vos pieds, enfouis à 5 pieds sous terre, 31 défunts reposent paisiblement. Car cet endroit est désormais sacré et nul ne pourrait imaginer, à commencer par l’opérateur Eiffage, que cet espace, débarrassé de ses stigmates (banquettes de stockage, canalisations diverses…) qui l’ont souillé depuis deux siècles, soit destiné à un autre usage. Un autre usage ? Demandez le programme ! Au choix, selon votre imagination ou votre fantaisie : local à vélo dans le cadre d’un projet immobilier, ou encore galerie marchande, ou bien, ce qui pourrait être pire, lieu clos et condamné à nouveau à l’oubli. Les exclus du XVIIIe siècle subiraient alors une proscription (sans parlermême de profanation) cette fois définitive. Or, chacun sait aujourd’hui combien notre vivre ensemble républicain passe en premier lieu par le respect des tombes.

 

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