“Des mille et une façons d'être juif ou musulman“ par Delphine Horvilleur et Rachid Benzine

“Des mille et une façons d'être juif ou musulman“ par Delphine Horvilleur et Rachid Benzine

Juif musulman

Pourquoi ce livre ?

Intervenant l'une et l'autre sur la scène intellectuelle et médiatique française et sur des thèmes assez semblables, il était inévitable que nous ayons envie de nous rencontrer et que nous y parvenions un jour.

L’une est rabbin, l’autre est islamologue. L'une est femme et l'autre homme, et ce n'est pas une mince différence ! Juive ou musulman, nous le sommes chacun de manière singulière… Il y a mille et une façons d’être juif ou musulman !

Mais au-delà de nos différences, nous avons tous deux compris que la Bible et le Coranb n’étaient pas étrangers l’un à l’autre. Et tous deux nous revendiquons la liberté de la recherche et de la parole religieuses : une liberté responsable, qui prend en charge les questions et affronte les conflits. Or, de nos jours, partout des fondamentalismes et des mouvements identitaires se prévalent de traditions anciennes qu'ils croient pouvoir faire remonter aux origines de leur foi.

Nous en sommes convaincus : être « héritier » ne consiste pas à mettre ce qui a été reçu dans un coffre fermé à clé, mais à le faire fructifier. Cela ne consiste pas à reproduire à l'identique ce qui a été reçu, mais à le renouveler.

Nous espérons que notre parole libre et résolument fraternelle fera surgir beaucoup d'autres paroles libres et fraternelles !

D. H. et R. B.

Delphine Horvilleur est rabbin. Elle a publié En tenue d’Ève et Comment les rabbins font des enfants (Grasset, 2013 et 2015).

Rachid Benzine est islamologue. Il a publié Les Nouveaux Penseurs de l’islam (Albin Michel, 2004), Le Coran expliqué aux jeunes (Seuil, 2013) et Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (Seuil, 2016, adapté au théâtre sous le titre Lettres à Nour).

Avec le concours de Jean-Louis Schlegel.

 

L'avis de La Procure

 

C'est un dialogue inédit et passionnant auquel se livrent ces deux auteurs. Delphine Horvilleur est juive et rabbin. Rachid Benzine est musulman. L'un et l'autre portent deux mémoires vives. L'une, millénaire du peuple juif et du séisme engendré par la Shoah ; l'autre de l'héritage arabo-berbère du Maroc et des blessures de la colonisation. Le maître-mot de ce livre est certainement celui de la liberté. Liberté de parole, de la recherche de sens, une liberté responsable qui n'élude pas les questions ni les conflits. Alors l'histoire et la tradition mais aussi la loi, la transmission, les origines et la question de Dieu, bien sûr, sont ici évoquées, débattues avec conviction, ce dont les deux auteurs ne manquent pas. Ces deux intellectuels s'apprécient et se respectent. Passionnés, l'une par la Bible, l'autre par le Coran, ils sont en cela gens du Livre. Et puis ils sont persuadés d'une chose : que ces deux "Livres" ont bien des choses à se dire. Aussi ont-ils décidé ici de faire dialoguer "leurs textes, leurs traditions de lecture et leurs lecteurs". Une disputatio remarquable.

 

 

Recension France Culture 

 

Delphine Horvilleur et Rachid Benzine publient au Seuil Des mille et une façons d’être juif ou musulman, et ils poursuivent leur dialogue dans les pages Débats de L’Obs. Ils mettent notamment en exergue l’importance de l’interprétation qui redonne la vie à des textes inscrits dans une histoire par nature fluctuante et non figée.
« Une légende rabbinique très ancienne raconte que quand on se promène la nuit dans une bibliothèque, si on tend l’oreille on entendra les livres nous supplier « interprète-moi, interprète-moi » rapporte Delphine Horvilleur, qui trouve que ces livres « appellent d’une façon un peu désespérée ces derniers temps ». « Un des grands problèmes – déplore Rachid Benzine – c’est que de nombreux musulmans, les jeunes notamment, méconnaissent la chronologie. »
L’auteur des Nouveaux penseurs de l’Islam estime qu’il faut « déconstruire les imaginaires, en montrant par exemple comment la question actuelle du martyre, qui emprunte plus aux kamikazes de l’Armée rouge japonaise des années 1970 qu’à la tradition sunnite, a été progressivement justifiée théologiquement. Aux jeunes tourmentés par l’idée de la mort, il importe de rappeler que, dans la société tribale du VIIe siècle à laquelle le Coran se réfère, on est au contraire dans une logique de survie pour ne pas affaiblir son clan. »
L’islamologue souligne « que les religions sont des organismes vivants et que selon les moments, certaines tendances l’emportent sur d’autres. Ces quarante dernières années, le wahhabisme saoudien a fini par s’imposer comme orthodoxie en faisant une OPA sur les origines de l’islam. Pourtant, le salafisme wahhabite ne date que du XXVIIIe siècle. » Mais il reconnaît la difficulté de « ce travail de déconstruction » par la mise en perspective historique « quand le roman de l’islam – celui qui se propage à travers l’apologétique – est considéré comme de l’histoire. Le simple fait d’expliquer que la tradition prophétique est née deux siècles après la mort du Prophète (632) passe pour du blasphème chez certains ! » Et Delphine Horvilleur d’enchaîner : lire la suite sur le site France Culture 

 

Conférence à voir sur AKADEM 

 

Des mille et une façons d'être juif ou musulman, avec D. Horvilleur et R. Benzine   (60 min)

R. Benzine - islamologue -  D. Horvilleur - rabbin de la communauté MJLF -  V. Larousse - journaliste

PLAN DE LA CONFÉRENCE