Juifs et chrétiens, frères à l’évidence, de Pierre d'Ornellas et Jean-François Bensahele,

Juifs et chrétiens, frères à l’évidence, de Pierre d'Ornellas et Jean-François Bensahele,

Pierre d'Ornellas, Jean-François Bensahel

La paix des religions

 " « Juifs et chrétiens, frères à l’évidence. La paix des religions », cet ouvrage est plus qu’un simple entretien entre deux hommes. Il expose noir sur blanc une évidente urgence : le christianisme et le judaïsme forgent ensemble une arche de paix pour tous les hommes et l’expression sereine de leur diversité. Plus qu’un vœu pieux, un programme quasi politique." Tribune juive

 

Editeur : Odile Jacob

Prix : 23,90 €

 

Avant-Propos

Une révolution en marche

Aujourd’hui, le démon de la religion semble s’être emparé de nombre d’êtres humains. Il semble acquis que les religions sont condamnées à se faire la guerre et à faire peur. Pour preuve, le fondamentalisme assassin de la dignité humaine ou simple réducteur de la liberté en esclavage. L’histoire récente des relations entre juifs et chrétiens démontre opportunément l’inverse.

Il y a cinquante ans, en effet, l’Église catholique a accompli une révolution dont l’onde de choc n’a pas fini de se répandre pour le bien de tous les hommes : elle a radicalement modifié son attitude envers le peuple juif. Par la déclaration Nostra Aetate du 28 octobre 1965, elle a redécouvert et affirmé le lien spirituel qui la reliait au judaïsme, elle a reconnu publiquement le caractère consubstantiel de ce lien*. De l’inimitié et du mépris, elle est passée à plus que de l’estime, à de l’amitié.

Depuis, les hauts responsables de l’Église n’ont cessé de tisser les fils de cette révolution. Par des paroles sans ambiguïté et des gestes dépourvus d’équivoque, les papes successifs ont consolidé cette amitié naissante et pavé la route délicate de la réconciliation. Une nouvelle théologie s’est élaborée sous nos yeux. En avril 1973, les évêques français ont publié les « Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens à l’égard du judaïsme », saluées à l’époque par le grand rabbin de France, Jacob Kaplan, comme un « très grand acte » dont il appréciait « hautement la lettre et l’esprit ». Depuis, un certain nombre d’initiatives ont vu le jour.

La révolution est en marche. Il est essentiel de ne pas l’interrompre en chemin. L’Église aurait trop à y perdre ; le peuple juif a tant à y gagner. Pour les chrétiens, cette rencontre est aussi vitale que nécessaire. Pour les juifs, elle s’inscrit dans l’Alliance dont ils sont porteurs. Pour tous les hommes, elle est un message pour leur espérance.

Certes, le peuple juif a souvent accueilli ces manifestations d’amitié sur le mode de l’incrédulité, tant pesait lourd le passé de souffrances. Pourtant la main tendue de l’Église et le pardon qu’elle sollicite sont autant de gages de sérénité. Si les relations entre juifs et chrétiens furent longtemps marquées du sceau du malheur, elles résonnent aujourd’hui comme un bienfait à l’adresse de nos deux religions et, au-delà, pour l’humanité tout entière.

L’importance de l’enjeu est tel qu’il n’est plus possible pour le monde juif de faire la sourde oreille. Il doit savoir accueillir cela dans l’esprit du prophète Isaïe : « Voici, je vais créer des choses nouvelles, déjà elles éclosent : ne les remarquez-vous pas ? » (Es 43,19) Quant aux chrétiens, également destinataires de cette prophétie, ils savent qu’il en va de leur fidélité à « l’Évangile de Dieu » (Rm 1,1).

Nous en sommes convaincus. La célébration du jubilé de Nostra Aetate doit permettre d’en amplifier la formidable énergie et de poser les bases du jubilé qui s’ouvre devant nous : approfondissement par l’étude, multiplication des rencontres, prière les uns pour les autres, amour sincère vécu entre juifs et chrétiens. Ainsi grandira la confiance entre ces frères si dissemblables. Leur dialogue attestera de la fidélité à la bénédiction d’Abraham. Il les engagera à assumer courageusement leur responsabilité pour que soit protégée et valorisée la part infiniment précieuse d’humanité en chaque être humain.

Nous avons bénéficié de l’aide bienveillante de Damien Le Guay. Témoin éveillé de nos discussions, il a su nous pousser dans nos retranchements, nous conduisant à exprimer ce que, peut-être, sans lui, nous n’aurions pas osé dire. Il nous a obligés à mieux entendre le propos de l’autre. Nous lui exprimons notre amicale gratitude.

Nous avons conscience d’avoir balbutié, mais nous avons cherché avec droiture, en hommes de conviction, non en érudits. La relation inédite, intrinsèque et amicale, entre juifs et chrétiens, qui dépassent leurs peurs ancestrales pour se rassembler sur l’essentiel, ne peut laisser indifférents les témoins engagés, quelles que soient leurs croyances, en faveur d’une société nouvelle qu’il est urgent d’édifier  : une société de la rencontre entre les hommes avec leurs différences, d’où émergera un nouvel humanisme riche de promesses.

Nous offrons nos propos à la bienveillance de lecteurs désireux de percevoir l’espérance à l’œuvre aujourd’hui  : monte, de plus en plus puissamment et de toutes les parties du monde, un appel à la fraternité qu’il est impossible, désormais, d’ignorer. Cet appel universel reçoit une confirmation radicale de la nouveauté – l’amitié fraternelle – à laquelle juifs et chrétiens ont maintenant conscience d’être appelés par l’Éternel, notre Dieu. Celui-ci se révèle au cœur des hommes, non pour en faire des éternels rivaux mais pour les désigner comme frères très proches, afin que « la paix coule comme un fleuve » parmi les nations (Es 66,12). Béni soit-il !

 

4ème de couverture

Le 28 octobre 1965, l’Église catholique opérait une véritable révolution. Par la déclaration Nostra Aetate, elle affirmait avec force le lien de parenté entre les chrétiens et le peuple juif. Une telle affirmation venait bouleverser deux mille ans de défiance judéo-chrétienne et inaugurer, après le temps du mépris, celui de l’estime.

Alors que l’Église s’est jadis considérée, à tort, comme le « vrai Israël », revendiquant une sorte de monopole de la révélation divine, elle ne cesse depuis cinquante ans d’insister sur son héritage juif. C’est sur le sens et sur les promesses de cette amitié retrouvée que s’entretiennent Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, et Jean-François Bensahel, président de l’Union libérale israélite de France. Ils ne cherchent pas à réduire les différences ni à gommer les particularités. Mais, soucieux de mettre en œuvre l’« altérité du dedans » qui les réunit, ils dialoguent en frères jumeaux.

Aujourd’hui, nombre de conflits semblent obéir à des raisons religieuses, et le monde paraît submergé par les fondamentalismes. Faut-il les laisser gangrener l’humanité ou, au contraire, chercher à promouvoir l’entente et le dialogue ? La rencontre entre Jean-François Bensahel et Mgr d’Ornellas est capitale. Bien plus qu’une simple discussion, elle est traversée d’une évidente urgence : christianisme et judaïsme forgent ensemble une arche de paix pour tous les hommes et l’expression sereine de leur diversité. Plus qu’un vœu pieux, un programme quasi politique.

Mgr Pierre d’Ornellas est archevêque de Rennes depuis 2007 et président de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat depuis 2011. Il fut, de 1997 à 2006, évêque auxiliaire de Paris.

Jean-François Bensahel est président de l’Union libérale israélite de France-synagogue de la rue Copernic. 

 Feuilleter cet ouvrage

 

Recension de Bruno Charmet sur le site AJCF

Cet ouvrage vient à la suite d’autres livres d’entretiens entre responsables juifs et chrétiens publiés aussi bien en France qu’à l’étranger ces dernières décennies. Il est intéressant d’emblée de montrer en quoi celui-ci s’en distingue.

En 2010, le Cardinal J. Bergoglio et son ami Rabbin, A. Skorka, publièrent un livre d’entretiens paru en Argentine [traduit en français en 2013], intitulé Sur la terre comme au ciel [1]. Ici, on est dans ce que j’appellerais une théologie en actes ; nous sommes entraînés dans un mouvement qui veut rejoindre, au nom de la Torah et des Évangiles, avant tout le frère, qu’il soit juif, chrétien ou autre. Et j’ajouterai qu’avec des actes et des gestes concrets, le pontificat de François n’est venu que confirmer et amplifier ce qu’ils avaient déjà posé ensemble à Buenos Aires comme amis et complices.

En ce qui concerne la France, au moins trois livres témoignent déjà d’un dialogue quasi-institutionnel. Dès 1977, Pierre Pierrard, qui deviendra plus tard Président de l’A.J.-C.F., à l’époque Professeur d’histoire contemporaine à l’Institut Catholique de Paris, mena un dialogue effectivement d’historien avec le Grand Rabbin de France, Jacob Kaplan [2]. Ensuite,nous avons tous en mémoire l’ouvrage intitulé Le Rabbin et le Cardinal, qui mettait en confrontation amicale le Grand Rabbin Bernheim et le Cardinal Barbarin [3]. Plus récemment, il faut encore mentionner les entretiens du Pasteur Clavairoly (aujourd’hui Président de la Fédération Protestante de France) avec le Grand Rabbin Korsia (actuel Grand Rabbin de France) [4].

Dans le présent livre de dialogue entre Mgr Pierre d’Ornellas, Archevêque de Rennes et Jean-François Bensahel, Président de l’Union libérale israélite de la synagogue de la rue Copernic (Paris), ce qui frappe d’emblée c’est la prise en compte, comme réalité fondamentale, de l’élection d’Israël, cœur du Judaïsme, élection en partage, foyer central qui irradie vers les Nations, vers le Christianisme, fils cadet de la Promesse.

Autant dire que la méditation sur l’élection et ses conséquences est, pour nos deux interlocuteurs, le cœur du dialogue judéo-chrétien, l’origine à partir de laquelle tout commence et se développe. Il faut dire que Mgr d’Ornellas avait déjà attiré l’attention des Chrétiens, il y a plusieurs années, sur cette réalité fondamentale de la Révélation qu’est l’élection, et surtout sur cette donnée que la foi chrétienne ne peut se vivre que greffée sur l’élection d’Israël. Il insistait aussi sur l’indissociabilité entre Élection et Révélation, car c’est précisément en faisant élection avec un Peuple (Israël), que Dieu se révèle pour l’ensemble des Nations. Cet enseignement, il l’avait donné en juillet 2012 dans le cadre des Sessions « Découvrir le Judaïsme : les Chrétiens à l’écoute », des diocèses de l’Ouest, à La Hublais (Rennes) avec ce titre significatif, L’élection d’Israël, une bonne nouvelle pour les Chrétiens [5], intitulé qui définit déjà tout un programme.

Dans le présent livre, Mgr d’Ornellas insiste sur la conviction biblique selon laquelle « l’humanité ne constitue pas une masse uniforme et, d’une certaine manière, indifférente » (p. 155). Si la Bible et ses prophètes partaient de l’universel indifférencié, on aboutirait aux multiples totalitarismes que l’humanité a connus à travers son histoire.

Au contraire, Dieu élit toujours une personne singulière pour élargir ensuite vers l’universel : « La lecture de la Bible, hébraïque et chrétienne, nous renseigne sur la place singulière du ’’fils préféré’’. Celui-ci est aussi un fils aimé, un fils choisi. Dieu procède par élection, c’est-à-dire par choix libre et gratuit. Ce principe d’élection inspire cette parole extraordinaire : ’’Tu as du prix à mes yeux’’ (Es 43,4) Dieu parle à l’élu qu’il chérit ! Pour Dieu, ce fils préféré, lui qui a du prix à ses yeux, est bien évidemment ’’Israël’’. Voilà ce que pense le peuple de la Bible et ce qu’il médite aujourd’hui avec les chrétiens ! » (p. 156).

Et Jean-François Bensahel [6], profondément enraciné dans son Judaïsme, éveillé à la relation chrétienne, notamment par Olivier Clément, chrétien orthodoxe, son professeur d’histoire au lycée Louis-le-Grand, qui fut pour lui un exemple et une inspiration, lui répond : « Il est le Dieu de tous en se révélant comme le Dieu d’Israël, comme le Dieu révélé à Israël » (p. 157). En parfaite consonance avec Mgr d’Ornellas, il insiste sur l’idée d’une élection en partage, dont toute l’histoire du peuple de la Bible témoigne : « En méditant sur l’élection, Israël comprend que la reine de Saba, et les nations, viendront un jour à Jérusalem reconnaître le Dieu révélé à Israël et qu’Israël révère comme l’unique Dieu. Le peuple juif sait très bien que si Dieu a choisi Isaac, il a aussi béni Ismaël. C’est écrit en toutes lettres au chapitre XVII de la Genèse. Mieux encore, il est parfaitement conscient que toutes les nations auront part à la bénédiction d’Abraham. Si le Dieu d’Israël se révèle ainsi, c’est pour dévoiler qu’il est aussi Dieu des autres nations, et qu’il veut entretenir avec elles une profonde relation d’amour » (p. 157). Dès lors, c’est toute personne créée qui a un prix infini pour le Dieu de la Bible. L’Élection est donc le noyau central de ce livre ; l’Alliance (Berit) de Dieu avec son peuple, renouvelée en Christ, procède du même dynamisme : d’un peuple choisi à l’univers entier.

Une fois donnée cette clef de lecture, tout devient cohérent dans leur entretien LIRE LA SUITE SUR LE SITE AJCF