Le Petit Monde, Le corps humain dans les textes de la tradition juive, de la Bible aux Lumières de Jean Baumgarten

Le Petit Monde, Le corps humain dans les textes de la tradition juive, de la Bible aux Lumières de Jean Baumgarten

PETIT MONDE

Jean Baumgarten

Le Petit Monde

Le corps humain fut longtemps considéré comme un objet d’étude secondaire. Or les textes de la tradition juive comprennent un ensemble impressionnant de références portant sur les réalités somatiques qui, toutes, nous montrent que l’être humain est un monde en miniature.
L’ouvrage foisonnant de Jean Baumgarten, en s’appuyant sur l’analyse de sources juives mises en regard avec des textes issus d’autres traditions religieuses et philosophiques, montre comment les discours juifs sur le corps se sont formés, développés et transformés, depuis la Bible jusqu’au XVIIIe siècle. Leur étude donne accès aux valeurs, aux codes culturels, et éclaire tout particulièrement les controverses entre les différents courants religieux qui particularisent le judaïsme.
En marge des conceptions sur la prééminence de l’âme, cette synthèse inédite des représentations du corps humain nous permet d’accéder à la compréhension des catégories légales, des principes philosophiques, des normes morales et des idées mystiques propres à la religion et à la culture juives. 

ALBIN MICHEL

Édition brochée
24.00 €

25 Janvier 2017
155mm x 240mm
400 pages
EAN13 : 9782226324160

ePub
16.99 €

25 Janvier 2017
EAN13 : 9782226422422

Du même auteur chez ALBIN MICHEL

EN SAVOIR PLUS

" L'être humain a les besoin de la terre et la nostalgie du ciel "
Jonathan Aleksandrowicz a lu pour vous "Le petit monde" de Jean Baumgarten, une réflexion passionnante sur la place du corps dans le judaïsme.

 

  • sur FRANCE CULTURE     Talmudiques par Marc-Alain Ouaknin    

    « Tout système philosophique, disait Paul Valéry, où le corps ne joue pas un rôle fondamental, est inepte, inapte ».

    Paul Valéry

     

    1 Les textes juifs : corps à corps avec la modernité 1/2 :

              "La tradition du nouveau"  

   

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Il existe un texte étonnant dans le Talmud qui s’interroge sur la définition du Livre. La réponse est surprenante car elle n’évoque ni la matière, ni le parchemin, ni l’encre, ni la reliure, ni le contenu, mais seulement le nombre de lettres. Un livre est un livre s’il contient au moins 85 lettres.

Pourquoi 85 lettres ? De nombreuses réponses sont possibles, en voici une qui me semble particulièrement féconde. En hébreu les nombres sont aussi des lettres et inversement. Ainsi le nombre 85 s’écrit avec les lettres Pé et hé, deux lettres qui écrivent le mot pé, c’est à dire la bouche ! Ce qui permet de formuler l’idée qu’un livre est un livre s’il est une bouche. Etrange formulation qui nous fait comprendre que le livre que si le lecteur accepte d’y entrer, pour y développer son imagination, sa création interprétative, ses questions, ses attentes, et parfois ses déceptions. « Un texte ne commence à vivre réellement que lorsqu’il est lu ».

Cette définition du livre ouvre à une ré-interrogation du sens de la tradition. Comment faut-il l’entendre ? Transmission d’un enseignement immuable qui passe de maître à disciple de génération en génération ? ou renouvellement permanent des enseignements ? La tradition s’inscrit-elle dans des formes figées ? ou est-elle toujours une « tradition du nouveau » selon une belle formule paradoxale que l’on doit à Harold Rosenberg ?

Si dans le judaïsme la réponse à cette question est complexe c’est que l’on trouve autant de textes en faveur de l’une et l’autre de ces positions. Mais la réponse n’est peut-être pas dans le choix de l’une ou l’autre de ces positions mais dans compréhension de leur articulation.

D’autres questions se greffent sur cette première question. Celles des sources de la tradition. Sont-elles seulement constituées par les textes officiels devenus canoniques avec le temps et qui constituent la Bibliothèque de références ? Ou s’y agrègent une multitude de sources d’origines diverses et souvent plus populaires, en des langues qui ne sont pas la langue officielle de la prière ou de l’étude, l’hébreu, mais en des langues de traductions, des langues vernaculaires, comme le yiddish, le ladino, le judéo-arabe, le judéo-italien et d’autres langues encore ?

Pour aborder toutes ces questions Marc-Alain Ouaknin reçoit l'historien Jean Baumgarten

 

         

2  Les textes juifs : corps à corps avec la modernité 2/2    

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L’époque est au tatouage, au piercing, au corps réel ou virtuel, aux démonstrations de corps nus, de corps voilés, au dé-tatouage, comme dans l’archive que l’on vient d’entendre.

L’époque est celles des modifications, des transformations, des améliorations du corps par de nombreuses pratiques, alimentaires, sportives, ou chirurgicales.

L’époque est celle la gestation pour autrui, de la procréation médicalement assistée, du clonage, de la transplantation d’organe, des greffes, de la transformation possible du genre sexuel, de la chirurgie esthétique et de la chirurgie réparatrice, de la génétique thérapeutique.

L’époque est celle d’un corps qui pourrait si on le voulait, devenir de plus en plus efficace grâce à toute une panoplie de techniques qui ouvrent la porte au post humain.

Ainsi l’homme augmenté et son corps bionique ne sont plus des personnages de science-fiction mais une réalité proche ou déjà existante.

Mais ! Oui il i y a un « mais ! », car l’homme augmenté marche encore de pair avec l’homme diminué. Nous sommes en effet toujours et encore dans l’époque des grandes violences contre le corps : guerre, attentas, accidents, violences urbaines, violence des migrations, politiques ou économiques, violence des trafics d’organes, des esclavages sexuels et autres, sans oublier la violence pénale et théologico-juridique qui dans certains pays porte atteinte à l’intégrité des corps : peine de mort et châtiments corporels irréversibles divers.

Opérateur social et politique de premier plan, le corps, à la fois exalté et méprisé, augmenté et diminué, reste dans tous les cas la question essentielle et centrale de toute culture et il est peut-être le miroir le plus précieux pour révéler l’état de toute société. C’est par lui que la culture se voit et que la culture s’exprime.

Mais parler du corps n’est-ce pas déjà un raccourci, car de quel corps parlons-nous ? Du corps associé à l’âme mais distinct de celle-ci dans les philosophies de type platonicien puis dans la théologie chrétienne ? Du corps-machine attribué à la philosophie de Descartes ? Du corps propre, c’est à dire vécu que l’on rencontre, entre autres, chez Husserl, Gabriel Marcel et Merleau-Ponty ? Du corps que l’on sent vivre, où se manifeste la douleur, le plaisir et le désir ? Merleau-Ponty qui lui-même passa d’une réflexion sur le corps à une réflexion sur la chair !

Voilà beaucoup de questions importantes auxquelles on peut rajouter celles-ci :

Qu’en est-il dans le judaïsme ? Quel est le statut du corps ? Quel est sa place ? Est-il méprisé, délaissé au profit de l’esprit ? Est-il valorisé particulièrement par le fait d’être considéré comme étant à l’image de Dieu ? Quel est sa spécificité par rapports aux autres traditions religieuses, philosophique et métaphysiques ? Quels sont ses droits, ses devoirs ? Quel sens politique lui est-il accordé ? Est-il « juste un corps » ou aussi une personne ? Quel respect lui est-il accordé ? Quelles lois le protègent-il ? Comment se pensent les liens entre différents corps ? Dans l’éducation, dans le travail, dans l’espace social de la rencontre, dans l’espace intime de la vie privée, dans l’espace très intime de l’amour et de la sexualité ? Quel est son devenir au-delà de la vie dont témoignent les rites funéraires et les rites du souvenir ?

Pour tenter d’y voir plus clair et de répondre à quelques-unes de ces questions, Marc-Alain Ouaknin reçoit l’historien Jean Baumgarten auteur d’un récent ouvrage intitulé « Le petit monde et sous-titré Le corps humain dans les textes de la tradition juive, de la Bible aux lumières qui vient de paraître aux éditions Albin Michel.

L'invité

Jean Baumgarten est Directeur de recherche émérite au CNRS, Jean Baumgarten. Ses travaux portent sur la littérature yiddish et l'histoire culturelle du monde ashkénaze.