Croyants, athées, scientifiques et philosophes face au spirituel : cinq podcasts sur la foi

Croyants, athées, scientifiques et philosophes face au spirituel : cinq podcasts sur la foi

Télérama

Croire ou ne pas croire… telle est la question ! D’où venons-nous ? L’univers a-t-il été créé ? Suis-je libre ? Certains trouvent les réponses dans la croyance religieuse. D’autres non. Voici cinq podcasts pour explorer les mystères de la foi.  

« Dieu est mort », proclamait Nietzsche à la fin du XIXe siècle. Pourtant, en 2010, le Pew Research Center estimait que 84 % des habitants du globe se sentaient appartenir à l’une des cinq religions majoritaires. Dans les sociétés occidentales européennes, chercheurs et commentateurs débattent pour savoir s’il faut ou non parler d’un « retour du religieux », après des décennies de sécularisation. Nombreuses sont également les personnes qui confient croire en une entité transcendantale, sans pour autant se revendiquer d’une religion. Au-delà d’une appartenance à une communauté religieuse organisée, comment comprendre le sentiment de foi ? D’où nous vient-il ? Nous vous proposons cinq émissions de radio à (ré)écouter, pour comprendre la teneur et les raisons de cette inclination humaine vers le spirituel.

Dieu, où es-tu ? Dans le cerveau, répond la RTS !

Foi et sciences réunies dans une émission, c’est possible ! Ce programme de la radio publique suisse reçoit des médecins – croyants ou non – spécialistes de l’activité neuronale, ainsi que des philosophes théologiens pour tenter d’expliquer l’invisible. Leur discussion riche d’exemples étonnants est passionnante. Peut-on situer la foi dans notre cerveau ? Peut-on associer cet état subjectif à un phénomène physiologique ? Depuis plusieurs années, des moines bouddhistes sont sollicités par des chercheurs pour tenter de visualiser l’état de méditation grâce à l’imagerie médicale. Cette dernière réussit, entre autres, à localiser sous notre crâne les endroits sollicités lors d’une expérience mystique ou hallucinatoire. Une enquête scientifique qui n’enlève rien au mystère de la croyance, comme en témoigne une neuropsychologue chrétienne : « Le fait de savoir cela ne va pas me convaincre de croire ou de ne pas croire. Ma foi persiste. »

Hautes fréquences, RTS, émission du 30/9/2012.

Philosopher sur la foi sur France Culture

Croit-on comme on croyait avant ? La croyance est-elle une étape vers la connaissance ? Comment différencier la foi de la superstition ? Autant d’interrogations qui n’auront plus de secrets pour vous après avoir écouté cette série des Chemins de la philosophie, composée de quatre épisodes et intitulée : « Que croyez-vous ? » A l’occasion de la Semaine européenne de la philosophie, consacrée à la croyance, Adèle Van Reeth et ses invités avaient convoqué Nietzsche, le Talmud, Emmanuel Carrère ou encore Spinoza, pour parler de la foi. Les échanges sont pointus et font vite oublier par leur profondeur les arguments parfois simplistes des polémiques qui éclatent régulièrement autour de la religion.

Petit panorama des épisodes :

1. La religion peut-elle se passer de la foi ? Où la rabbin Delphine Horvilleur explique entre deux blagues juives que la question de la foi est secondaire dans le judaïsme.

2. Croire au XXIe siècle, où le professeur de philosophie Camille Riquier se demande si Dieu est vraiment mort, ou s’il a juste changé de visage en Occident.

3. Les raisons de croire, où Claudine Tiercelin, prof de philo au Collège de France, esquisse des liens entre la croyance et la connaissance. Elle rappelle que « nous avons besoin de croire, c’est-à-dire de représentations, pour agir ».

4. Comment lutter contre la superstition avec Spinoza, où le philosophe Ariel Suhamy démêle les affects qui mènent à la superstition.

Les Chemins de la philosophie, France Culture, émissions du 11 au 16/11/2017.

Sur Europe 1, croire en doutant pour préserver la paix

Raphaël Enthoven réunit la rabbin Delphine Horvilleur et l’islamologue Rachid Benzine pour rappeler que si des fois très différentes coexistent sur Terre, elles peuvent le faire en paix. Les deux personnalités ont uni leurs plumes en publiant l’année dernière aux éditions du Seuil le livre Des mille et une façons d’être juif ou musulman.  Leur « ennemi commun » : le littéralisme, l’interprétation littérale des textes religieux si chère à certains fidèles partisans d’un retour aux sources extrême. Dans ce dialogue apaisant et bienvenu, la rabbin et l’islamologue défendent « le pouvoir dire » de la Torah et du Coran, c’est-à-dire la liberté d’interprétation du croyant, invité à questionner le texte à la lumière du temps présent. Croire n’est pas savoir. « La foi heureuse est celle qui accueille le doute, et n’a pas peur de l’humour. »

Qui vive ?, Europe 1, émission du 12/11/2017.

Choisir de ne pas croire en Algérie, sur Arte Radio

« Etre athée en Algérie, c’est comme être un extraterrestre », assène Omar au micro de Marine Vlahovic. L’interview est clandestine, cachée dans une voiture. Pour Arte Radio, la journaliste est allée à la rencontre d’Algériens qui ont choisi de ne pas croire, dans un pays où l’islam est à la fois religion ultra majoritaire et religion d’Etat. Si la liberté de conscience est inscrite dans la Constitution, vivre son athéisme au grand jour reste compliqué en Algérie. Etre le seul de son quartier à ne pas aller à la mosquée le vendredi attire forcément les regards. Certains se résolvent à suivre le ramadan, pour être tranquilles. « C’est le peuple lui-même qui ne tolère pas que tu adoptes une autre conduite que la sienne, le peuple lui-même qui est inquisiteur », explique Mustapha. Outre leurs difficultés au quotidien, ces témoins – anciennement musulmans – racontent comment ils ont quitté la foi, malgré une éducation érigeant l’athéisme en mal absolu. Ils se sentent depuis déconnectés de leur société, et incompris de leurs proches. Leurs récits sont bruts, touchants, et ont le mérite de ne pas tous venir d’Alger, la capitale. 

Athées à la menthe (algérienne), Arte Radio, émission du 16/11/2016.

Quand la foi guérit, sur RFI

En République démocratique du Congo, le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik a rencontré des enfants soldats traumatisés par la violence. Dans leur bouche, une demande : « Expliquez-moi pourquoi je ne me sens bien qu’à l’Eglise. » « Je n’ai pas su leur répondre », confesse le savant. Il se lance alors dans une enquête pour comprendre pourquoi tant de ses patients lui disent surmonter leurs traumatismes grâce à leur foi. Et découvre l’influence de l’éducation religieuse sur l’attachement affectif, et les capacités résilientes du psychisme. Dans cet entretien mené par Geneviève Delrue, il explique sa démarche avec pédagogie – dont il fait preuve dans son livre Psychothérapie de Dieu, publié aux éditions Odile Jacob. Une incursion rare dans la psychologie de la religion. 

Religions du monde, RFI, émission du 24/9/2017.