Conférences 2015-2016 de l'Amitié Judéo-Chrétienne lyonnaise: points forts et textes

Conférences 2015-2016 de l'Amitié Judéo-Chrétienne lyonnaise: points forts et textes

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Cher(e)s ami(e)s de l’AJC lyonnaise,

 

Vous trouverez ci-dessous en pièces jointess les cinq conférences données dans le cadre de l’Amitié Judéo-Chrétienne lyonnaise au cours de l’année académique 2015-2016. Le texte de trois d’entre elles est le résultat de prises de notes à partir d’un enregistrement, avec accord du conférencier auquel j’ai soumis le texte. Le style oral s’en ressent. Pour l’une d’entre elles, sur Hillel, je me suis inspiré du contenu que j’ai présenté à ma manière, et dont j’endosse la responsabilité, le conférencier ne se sentant pas en mesure de livrer un texte sous son nom. En revanche, le texte sur le fondamentalisme est dû d’un bout à l’autre à la plume de l’auteur.

Afin de donner une unité à ces textes, un « fil rouge » a été proposé aux cinq conférenciers : montrer comment le « patrimoine commun » aux Juifs et aux chrétiens est en mesure d’offrir à notre société des perspectives cohérentes qui rendent possible un vivre ensemble (mis en question aujourd’hui) et une orientation positive vers un avenir qui ne soit pas une impasse. Une condition s’impose, celle mettre en œuvre, à l’intérieur de nos propres confessions, juive et chrétienne, ces valeurs communes ; elles pourront alors s’exprimer à un autre niveau, social, politique, dans le monde profane. Nous n’avons pas à imposer notre religion ou ses pratiques à quiconque, mais nous ne pouvons pas renoncer au sens de l’homme que nous transmet le message qui nous fait vivre.

Voici, suggérés en quelques lignes, les points forts de chaque conférence.

 

Monsieur Michaël Bar Zvi est docteur en philosophie. Il a étudié à la Sorbonne et à Paris IV, puis a enseigné à Tel Aviv. Il a dirigé le département de l’éducation de l’agence juive jusqu’en 2009. Il intervient sur Radio J et propose des émissions sur le sionisme.
Auteur de nombreux ouvrages, il traite de la relation entre pensée juive et philosophie politique.
Son thème de prédilection est le sionisme, dont traite son dernier ouvrage : « Israël et France, l’alliance égarée » (Les Provinciales, 2014).

Sa présentation de « l’héritage d'Israël dans la culture française, une alliance spirituelle » est un cri d’alarme : la présence d’Israël dans la culture française s’efface. Or « le peuple français a été fondé en tant que peuple sur le modèle de la nation juive ».
La transmission est cassée, les grandes figures bibliques de notre culture reculent dans l’ombre.
Le Juif réel, celui qui se construit dans un sionisme fondé sur la tradition vivante qui le porte, est de moins en moins compris.
Ce discours vigoureux est propre à stimuler, voire choquer dans certaines prises de positions au niveau politique, mais il est salutaire d’en accueillir le message de fond : notre culture (on pourrait élargir à l’Europe) gagnerait à se fonder sur son héritage judéo-chrétien pour conserver sa cohérence et son ouverture à l’avenir.

Michaël Bar Zvi.pdf

 

 

Le personnage de Charles Péguy est présenté par Monsieur Marc Gaucherand dans « Péguy et le judaïsme ». Le conférencier est Docteur en philosophie ; il intervient en Licence et Master à l’Institut Marc Perrot et au Collège Supérieur dont il est un des administrateurs.

Charles Péguy pourrait illustrer le type d’homme que Michaël Bar Zvi aimerait voir se profiler.
Dans l’œuvre de cet auteur, le judaïsme est un fil continu qui court dans la prose comme dans la poésie.
Son engagement dans l’affaire Dreyfus est si prégnant que toute son existence « peut être comprise comme une montée vers l’événement » suivie d’un « déploiement à partir de ce dernier ».
Très engagé dans le combat socialiste, jusqu’à l’utopie qu’il ne craint pas d’endosser, il envisage la « cité harmonieuse » de laquelle aucun homme ne peut être exclu. « Aussi longtemps qu’il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d’injustice et de haine ».
Sa démarche associative l’oppose à l’idéologie marxiste et le conduit à rompre avec le parti socialiste lorsque ce dernier adopte en 1899 un principe de censure.
Son combat en faveur de l’exclu Dreyfus est en cohérence avec cette vue inclusive. Plus encore, son amitié avec des Juifs républicains l’ouvre au messianisme juif, inspirateur de l’idéalisme républicain. Mais sa perception proprement religieuse du judaïsme attendra son retour à la foi. Là encore se concrétisent ses convictions inclusives : jamais il n’adoptera la théorie de la substitution, si courante à son époque. « L’espérance chrétienne descend de l’espérance juive ». Dans notre marche vers la « cité harmonieuse »,
Péguy et un témoin qui peut nous inspirer.  

 Marc Gaucherand.pdf

 

Monsieur le Rabbin Menahem Bitton exerce à Valence. Il est un habitué de l’AJC et préside l’association « Parole commune » qui rassemble une grande diversité de participants. Il habite Villeurbanne où il enseigne dans une école.

« L’exil des Juifs parmi les nations » est assez spontanément compris comme une punition.
Menahem Bitton propose une voie positive et finalement optimiste, pour faire apprécier l’exil, et ceci à l’aide d’exemples simples et très concrets. Le dernier exil est celui qui est déclenché après la destruction du Temple en l’an 70.
Il est une conséquence de la « haine gratuite » qui a sévi auparavant entre les Juifs.
La sanction pédagogique est une ouverture pour la vie : « vous n’avez pas voulu vous entendre entre frères et entre personnes du même peuple ; vous allez devoir vous entendre avec des personnes étrangères ».
Juifs et non Juifs devront apprendre à se voir. Les Juifs s’habitueront à porter un regard positif sur les nations, et ces dernières apprendront à regarder l’autre, et finalement cet Autre dont il est témoin.
C’est la lumière de la rédemption ; « l’exil a vocation l’illuminer l’humanité entière.

,Menahem Bitton.pdf

 

 

 

Édouard Robberechts est maître de conférences à l’Institut d’Études et de Culture Juives à l’Université d’Aix-Marseille.
Son doctorat en philosophie traite de « l’altérité chez Paul Ricœur ». Il est bien connu chez nous, à la Faculté de Théologie où il enseigne et participe à des séminaires de recherche, et à la synagogue Keren Or où il enseigne.

La réflexion qu’il propose relève d’une criante actualité : « Comment le monothéisme peut-il lutter contre le fondamentalisme ? Un regard juif ». Le fondamentalisme prend position par rapport au texte ; dans un sens plus large, le texte peut être une idéologie.
Dans tous les cas il s’agit d’un donné fixe, d’une révélation pleine, à recevoir comme tels, sans ouverture à la recherche, à l’interprétation. L’obéissance s’impose sans liberté. Le monothéisme juif, dont héritent les chrétiens, s’offre au contraire comme une révélation ouverte, des « lettres creuses » qui laissent place à une recherche infinie et à la liberté de celui qui s’y adonne.
Il est une école de vie, donne un espace de respiration qui ne peut manquer d’avoir d’heureuses conséquences pour les relations entre humains. En revanche, est-il besoin de rappeler quels types de sociétés engendre le fondamentalisme ?
On tirera un grand profit de ces pages claires, riches et denses.

NB : Ce texte vient de paraître dans le dernier numéro de Sens (441 ; mars-avril 2017) ; nous le publions avec l’accord de la revue.

Édouard Robberechts.pdf

 

La conférence de Monsieur Alain Amsallem « Hillel » était riche d’enseignements.
Le conférencier a renoncé à livrer son texte dont il signalait un manque dans l’indication des sources. J’ai donc repris moi-même ce thème, m’inspirant en partie l’exposé de Monsieur Amsallem avec d’autant plus d’aisance que je me suis largement retrouvé dans la description qu’il fait de ce grand maître.

Hillel et son école ont insufflé au judaïsme une ouverture dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. La patience de Hillel, son sens de l’accueil, son attachement à la tradition et à la communauté, sont devenus proverbiaux. Surtout, la capacité qu’il reconnaît à tout israélite d’exprimer le sens de la Torah rend possible un réel vivre ensemble tellement en question aujourd’hui. Imaginons en effet, transposé dans la société, l’effet qu’aurait la confiance qu’il fait au peuple lorsqu’il déclare : « Laissez-les trouver la solution ; l’Esprit Saint est sur eux ; s’ils ne sont pas prophètes, ils sont fils de prophètes. ».  

Alain Amsallem Hillel.pdf

 

Bonne lecture !

Jean Massonnet