Les juifs à Lyon De l’installation à la seconde guerre mondiale: visite des lieux de mémoire et de vie avec Sylvie Altar.

Les juifs à Lyon De l’installation à la seconde guerre mondiale: visite des lieux de mémoire et de vie avec Sylvie Altar.

Altar1

Faire mémoire avec ses pieds :

Mercredi 7 juin plusieurs d’entre nous, membres de l’AJC auxquels se sont joints d’autres participants, ont eu l’occasion de circuler dans Lyon (5e et 2e) en faisant un arrêt auprès des nombreux lieux de la mémoire juive dans cette ville. Le temps était idéal, pas trop chaud.
Nous avons eu le plaisir, à chaque arrêt, d’écouter notre amie historienne, Sylvie Altar, qui faisait revivre l’histoire des Juifs à Lyon, depuis l’Antiquité romaine, jusqu’à nos jours. Partis du 5e, rue Ferrachat, près de l’église St Georges, Sylvie nous a pilotés à travers la presqu’île où nous avons pu marquer un arrêt auprès des nombreux lieux qui ont marqué la vie juive tout particulièrement pendant la seconde guerre mondiale. La présence d’institutions juives, souvent à quelques pas des officines hostiles de la Gestapo ou de la Milice, faisait ressortir par contraste la persistance résolue du judaïsme français, dont Lyon devenait pour un temps la capitale, face à ces lieux sinistres où l’on s’employait à une œuvre de mort. 

Nous avons pu ainsi alimenter notre mémoire avec nos pieds !
Notre périple s’est terminé au jardin des 44 enfants d’Izieu. Nous avons été enfin accueillis dans les locaux du B’nay B’rith où nous attendaient des pâtisseries et des rafraîchissemenst fort bienvenus. 

Un grand merci à Sylvie Altar.

Jean Massonnet 

 

LES JUIFS À LYON DE L’INSTALLATION À LA SECONDE GUERRE MONDIALE
 

La présence juive à Lyon remonte à l’Antiquité romaine, bien qu’elle ne soit attestée dans les sources écrites qu’à partir du IVème siècle. Durant le haut Moyen-Âge, les Juifs contribuent à la prospérité commerciale de Lyon.
Ils s’installent sur la rive droite de la Saône, et habitent au pied de la colline de Fourvière.

LES JUIFS À LYON DE L’INSTALLATION À LA SECONDE GUERRE MONDIALE.pdf 

Le commentaire des sites ne suit pas l’ordre alphabétique A B C etc. mais l’ordre historique.

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A. RUE JUIVERIE ET RUE FERRACHAT : BERCEAU DU JUDAÏSME LYONNAIS (69005)

Le culte est célébré dans une synagogue construite avec l’autorisation royale à mi-pente de Fourvière.
Au cours du bas Moyen-Âge, les Juifs subissent les épreuves de la persécution et des expulsions.
L’accès à Lyon leur est interdit pendant plus de trois siècles.
C’est autour des années 1770 que quelques familles s’installent dans la cité rhodanienne. Elles viennent du Comtat Venaissin, de la
région bordelaise et de l’Est de la France. En 1775, ces Juifs forment une petite « communauté » qui s’organise dans la Presqu’ile, coeur commercial et économique de la ville.
Le 27 septembre 1791, le décret d’émancipation des Juifs leur accorde la citoyenneté française et les droits qui y sont attachés.
Au recensement napoléonien de 1806, il y a 23 familles juives à Lyon. Rattachées au Consistoire de Marseille, elles se réunissent dans un oratoire qui se situe quartier des Célestins.
Entre 1830 et 1841, la présence juive s’affirme passant de 300 à 679 personnes.
La Monarchie de Juillet et de Second Empire sont des périodes fastes pour la « communauté » juive.
En 1850, un poste de rabbin, salarié de l’État, est créé.
Sept ans plus tard, le 24 août, c’est le tour du Consistoire de Lyon. Il s’installe à partir de 1864, dans la toute nouvelle synagogue que les Lyonnais appellent alors « La grande synagogue deLyon ».

 

B. 13, QUAI TILSITT : LA GRANDE SYNAGOGUE (69002)

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Lyon constitue un petit foyer du judaïsme, plutôt discret, feutré, organisé et très bien intégré à la société locale. Dès 1940, les structures en place font face à l’afflux de transfuges qui fuient l’occupation allemande en zone occupée.
Lyon est alors un refuge.
Les Juifs qui arrivent dans la cité se rendent à la grande synagogue espérant y trouver une aide ou recueillir de bons
conseils. 4 000 avant guerre ils sont 40 000 en février 1943. Lyon offre ainsi des atouts qui conduisent les institutions nationales juives à s’installer dans la capitale des Gaules. En mars 1941, le Consistoire central investit, dans la Presqu’ile, le premier étage d’un immeuble typiquement lyonnais.

 

G. 7, RUE BOISSAC : CONSISTOIRE CENTRAL ENTRE 1941 ET 1944 (69002)
 

C’est donc dans cette petite rue, peu fréquentée, perpendiculaire à la place Bellecour, à quelque 500 mètres de la synagogue du quai Tilsitt, que la vie juive officielle continue. Pendant trois ans, Lyon est la capitale du judaïsme français. Cette installation centrale est-elle stratégique ?
Certes, la proximité des institutions et des administrations de la ville, de l’État et de l’Occupant, est une prise de risque considérable.
Mais elle est avant tout à interpréter comme un face-à-face d’un judaïsme qui résiste, dans sa représentation officielle, aux persécutions de la législation antisémite de Vichy et des nazis.
En effet, à 100 mètres du Consistoire central, la délégation du Commissariat aux questions juives a pris ses quartiers.

 

D. 25, PLACE BELLECOUR : DIRECTION REGIONALE DU COMMISSARIAT AUX QUESTIONS JUIVES (69002)

Le Commissariat général aux questions juives (CGQJ) est la création française et vichyste d’un office central juif voulu par les Allemands à partir de janvier 1941. Deux mois plus tard, par la loi du 29 mars 1941, le CGQJ est créé de toute pièce.
Appareil administratif de marginalisation, il cumule des fonctions législatives et de surveillance policière, il agit comme un véritable ministère de l’antisémitisme. Représenté dans chaque région préfectorale ; à Lyon sa délégation s’installe 55, rue de la République dès juillet 1941.
À la fin de l’année 1941, cette structure antijuive a grossi. Ses effectifs passent de 12 agents à 21 entre 1942 et 1944. Afin de disposer de locaux plus grands, elle s’installe le 13 juillet 1942 au 25, place Bellecour, au deuxième étage d’un immeuble bourgeois.
Ainsi, l’antisémitisme d’État s’infiltre partout sous l’apparence d’une administration quelconque, il est omniprésent en toile de fond du paysage et du quotidien des Lyonnais. Il est relayé et appuyé par l’occupant nazi qui envahit la zone non occupée le 11 novembre 1942, s’installant à Lyon. La Kommandantur prend ses quartiers près de la gare de Perrache, à l’hôtel Terminus, tandis que la Gestapo dirigée par Klaus Barbie réquisitionne en juin 1943 l’École de service de santé militaire

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I : 14, AVENUE BERTHELOT : SIEGE DE LA GESTAPO (JUIN 1943-MAI 1944) (69007)

Si aujourd’hui on ne connaît toujours pas l’emplacement exact du bureau de Klaus Barbie, on sait, en revanche, que les salles de torture étaient aménagées au dernier étage tandis que les caves faisaient office de cellules. La proximité avec la prison Montluc, réquisitionnée entre le 17 février 1943 et le 24 août 1944, lui permettait de mener une répression brutale et de faire régner la terreur dans toute la région lyonnaise en appliquant fidèlement les directives du Führer déclamées en 1942 : « Je pourrirai les pays que j’occuperai, je ferai dénoncer les uns par les autres, et je serai le dénonciateur des uns en les désignant comme les dénonciateurs des autres [...] je sèmerai la boue [...] ».
Klaus Barbie, nazi convaincu, a appliqué à la lettre les paroles du « guide », n’hésitant pas à faire 90 km pour arrêter des enfants juifs dans la colonie d’Izieu.

 

H. ANGLE RUES RAOUL SERVANT, ÉTIENNE ROGNON ET PROFESSEUR ZIMMERMANN : JARDIN DES 44 ENFANTS D’IZIEU (69007)
 

Inauguré en avril 2010, ce square rappelle le martyr de la colonie juive d’Izieu (Ain) dont les 44 enfants âgés de 5 à 17 ans et leur 7 moniteurs ont été arrêtés par Klaus Barbie au matin du 6 avril 1944. Détenus une nuit au fort Montluc avant d'être transférés à Drancy, 42 enfants et 5 adultes sont assassinés à Auschwitz-Birkenau, 2 adolescents sont fusillés à Reval (aujourd’hui Tallin en Estonie) avec Miron Zlatin le mari de la directrice de la colonie.
L'emplacement de ce jardin a été choisi pour sa proximité au Centre d'Histoire et de la Résistance (CHRD), qui rappelons le a été bombardé le 26 mai 1944 par les Américains qui visaient les centres ferroviaires de triage de Lyon. Barbie déplace son
service dans un immeuble de la place Bellecour.

C : 33, PLACE BELLECOUR : SIEGE DE LA GESTAPO (MAI 1944-AOÛT 1944) (69002)
 

Jusqu’à la veille du départ des Allemands, le 24 août 1944, la Gestapo et ses lampistes français ont torturé et exécuté des résistants et des Juifs dans les caves de ce bâtiment. Combien étaient-ils ? Les corps des victimes assassinés, le 23 août 1944, n’ont jamais été retrouvés. Est-ce que Gidon Marcel (17 ans) et ses camarades Messieurs Delettre (45 ans), Chazal (35 ans), Farinetti (18 ans), Humbert
(16 ans) et 4 Juifs, non identifiés, faisaient partie des victimes. Arrêtés entre le 17 et 23 août, ces hommes ont été anéantis à tout jamais. Est-ce que Isaac Bensigor, arrêté le 23 août, à son domicile,disparu à jamais, étaient parmi ces victimes « anonymes »?
La Gestapo et sa jumelle française, la Milice, ont conjugué leurs efforts dans la répression et la persécution.
La Milice nationale, qui est créée le 30 janvier 1943, est la marque active de la radicalisation du régime de Vichy, en réaction à la mise en danger de sa politique collaborationniste.
Son assemblée constitutive a lieu le 28 février 1943, au Palais d’hiver, à Lyon, en présence de 2 000 personnes.
Toutefois, installée au coeur de la ville, elle a compté au maximum 700 membres et Francs-Gardes permanents-actifs sur le terrain.
La Milice s’est organisée autour de cinq services dont deux d’entre eux se trouvent à 160 mètres du Consistoire central.

F et G : 5, IMPASSE CATELIN ET 10, RUE SAINTE-HÉLENE : LA MILICE ET SES
FRANCS-GARDES (69002)*

Le premier service, rue Sainte-Hélène s’occupe du recrutement et de l’adhésion alors que le deuxième, dirigé par Paul Touvier, dans une annexe du lycée Ampère, impasse Catelin, procède aux arrestations des résistants, des réfractaires et les Juifs ainsi qu’aux « perquisitions ».
La proximité des différents services et la centralité géographique de la Milice facilitent son action. En effet, l’impasse Catelin fait l’angle avec la rue Sainte- Hélène. Ainsi, la distance entre ces deux bureaux et les autres locaux est minime. Il n’y a pas plus de cinq minutes à pied.
Les Allemands peuvent compter sur le zèle de ce chef de service qui a recours à des délateurs de toutes espèces, à des méthodes policières et des moyens extrêmes, torturant les détenus pour les faire parler, les exécutant et faisant régner la terreur dans la cité.
 

Sylvie ALTAR