Judaïsme Massorti (Conservateur ou conservative)

Judaïsme Massorti (Conservateur ou conservative)

MASSORTI

Son histoire et ses fondements -Source: site MASSORTI

Mouvement juif très important en Europe jusqu’à la Shoa et en Amérique jusqu’à aujourd’hui, cherchant à lier le judaïsme traditionnel et halakhique avec la modernité (critique universitaire et changements de société).

 

Mouvement juif très important en Europe jusqu’à la Shoa et en Amérique jusqu’à aujourd’hui, cherchant à lier le judaïsme traditionnel et halakhique avec la modernité (critique universitaire et changements de société).

 

Le judaïsme conservateur (ou Massorti) se constitua en grand mouvement en Amérique au début du 20e siècle. On l’appelle parfois « judaïsme historique » car ses fondateurs et ses dirigeants souhaitaient mettre l’accent sur le fait que le judaïsme constituait une culture produite par des circonstances historiques.

La philosophie de ce mouvement comporte les aspects suivants : d’une part, le caractère dynamique de la Halakha, soumise aux mêmes développements et aux mêmes changements que la vie elle-même ; elle doit donc être adaptée en fonction de la réalité actuelle. D’autre part, le judaïsme conservateur accorde la priorité absolue à la dimension éthique. Enfin, ses dirigeants considèrent que le rationalisme est un principe capital dans la pensée juive ; ils en font même un fondement essentiel.

Ce mouvement, devenu la plus importante des formations religieuses du judaïsme américain, existe dans le monde entier (y compris en France) sous le nom de mouvement « Massorti » (traditionaliste). Le mot anglais "conservative" a été employé en opposition au judaïsme réformé très puissant également en Amérique.

Ce mouvement est apparu en Europe au cours de la période qui suivit l’Emancipation (fin du 18e - début du 19e siècle) ; il se développa à l’instigation de « l’école historique positiviste » prônée par Zacharias Frankel directeur du Séminaire théologique juif de Breslau (de 1854 à 1875) et qui fit de cette institution un centre majeur de la formation des rabbins européens.

Frankel, éminent savant rabbinique de son époque, ne parvenait à s’identifier ni avec le judaïsme orthodoxe qu’il jugeait désuet et intellectuellement faux car contraire à la rationalité, ni avec le judaïsme réformé qu’il trouvait excessif dans sa volonté d’adaptation à la modernité naissante.

Dans la perspective de Frankel, l’orthodoxie rejetait l’érudition critique et l’investigation scientifique du judaïsme, tout en approchant la Halakha de manière rigide ; la réforme, pour sa part, prônait une approche trop radicale de la religion, sans opérer de distinction d’importance entre les mitsvot (commandements), abandonnant généralement tout usage de l’hébreu et rejetant tous les aspects nationalistes et ethniques du judaïsme.

Frankel plaida pour un moyen terme, une attitude moderne selon laquelle le peuple juif et ses traditions, y compris l’attachement à la Halakha, demeureraient les éléments centraux du judaïsme.

Selon lui, on devait préserver l’observance de la Halakha, mais l’adapter aux nécessités de l’époque, et accepter, pour ce faire, une méthodologie critique.

Son point de vue était historiciste - il considérait le judaïsme comme résultant de processus historiques - et positiviste - il cherchait à maintenir la tradition et à prolonger son développement.

Cette approche du judaïsme, perçu comme un mode de vie dynamique, demeura au centre du mouvement à travers les transformations qu’il connut ultérieurement, notamment en Amérique.

Par ailleurs, Frankel était fortement attaché aux aspirations nationales juives, encourageant le retour à Sion et le rétablissement politique de la nation juive, bien avant toute forme d’émergence du sionisme politique. En ce sens, le mouvement Massorti fut "sioniste" avant l’heure.

Cette philosophie fut promue par le Séminaire théologique juif d’Amérique, fondé en 1886 par un groupe d’érudits et de rabbins d’esprit traditionaliste dont notamment un petit groupe de rabbins séfarades effarés par d’un côté la rigidité de certains ashkénazes ultra orthodoxes et par l’ultra libéralisme de la nouvelle communauté juive américaine (le plus souvent originaire d’Allemagne) de l’autre côté.

Conduits par Sabato Morais de Philadelphie, ils s’opposaient à la plate-forme de Pittsburgh formulée par le mouvement réformé en 1885, tournant radicalement le dos à tout respect de la Halakha, mais ne s’identifiaient pas non plus à l’orthodoxie issue d’Europe orientale commençant à s’implanter en Amérique.

Bien que minoritaires au départ, ces rabbins adeptes du juste milieux représentaient des communautés traditionnelles profondément enracinées dans la société américaine.

Après l’échec de la première tentative d’établissement du Séminaire Juif théologique et de réunion de tous les courants traditionalistes, le Séminaire se constitua véritablement en 1902, sous la présidence de Salomon Schechter, rabbin savant de renommée internationale. Il réussit à limiter l’extension de la réforme en proposant à la masse grandissante des immigrants juifs, une alternative à la stricte orthodoxie.

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