BLI NEDER: tenir parole

BLI NEDER: tenir parole

BLI neder

"Cette année je m'inscris à la salle de sport...BLI NEDER!"
Que signifie cette expression que les juifs religieux emploient si souvent?
Les explications de Tamar Schwartz.( lu sur AKADEM)

"Bli Neder":vous avez certainement déjà entendu cette formule par laquelle certaines personnes, dans le monde religieux, ponctuent leurs phrases quand elles s'engagent à quelque chose: "je t'appelle en arrivant BLI NEDER", "je t'aiderai à déménager la semaine prochaine BLI NEDER" etc. 

Alors de quoi s'agit-il ?
Bli neder, est une expression composée de deux mots :
BELI= sans et NEDER = un vœu, une promesse.
En d’autres termes..." je m'engage à t'aider à déménager" mais "bli neder". "Attention ce n'est pas un vœu au sens le plus formel que le judaïsme donne à ce mot... Sous entendu je n'aurai pas à rendre compte de mes engagements si je ne les tiens pas."
Et oui c'est que Neder, vous fait probablement penser à Kol Nidrei, la célèbre cérémonie qui ouvre l'office de Yom Kipour.
Le jour du Grand Pardon... la plus grande solennité de l'année juive et nous y voilà... On parle choses sérieuses...
Exemple de neder que l'on trouve dans la Tora:
'Hanna désespérée de n’avoir pas d’enfant prie avec une immense ferveur et fait le vœu de consacrer son fils au service divin, si sa demande de maternité est exaucée... Elle aura un fils qui deviendra le prophète Samuel. 

Pour être parfaitement précise la Tora prévoit deux catégories de vœux:
ceux qui impliquent un don en nature ou en espèces et ceux qui impliquent un comportement tel Samson qui fait le vœu de ne pas se couper les cheveux ni de boire de vin. 

Mais ne nous y trompons pas... la Tora tolère mais n’encourage pas les vœux. Elle connait trop bien la nature humaine...

L’accent est plutôt mis sur l’urgence à tenir sa parole, sur le danger d’émettre des paroles qui seraient profanation, si l'engagement n'est pas parfaitement respecté. Le Roi Salomon, dans l’Ecclésiaste l’exprime de manière très claire "il est préférable de ne pas prononcer de vœu, que de promettre sans le réaliser parfaitement".

Ne pas s’engager à la légère et tenir parole est un sujet assez important pour que le Talmud y consacre un traité entier intitulé Nedarim et qu'il en soit question dans plusieurs autres traités.
Pour éviter des paroles en l'air, le Choul’han arou'h, qui donne les modalités pratiques des lois, suit cette logique du Roi Salomon. 

Evitez les vœux, écrit-il, et faites directement votre don sans le détour par la promesse préalable, même accompagnée de Bli neder.
C’est donc de l'exigence de respecter la parole donnée, qu’est née l’expression Bli neder: ce que je viens de promettre, n’est pas un neder. 

Ne pas vider la parole de son sens dit la Tora LO YA’HEL DEVARO qui ajoute "veille à ce qui sort de tes lèvres" (Deutéronome 23,24)
Dans nos relations avec autrui, difficile de trouver plus banal et néanmoins plus décevant qu’une promesse non tenue. 

Oubli, indifférence passagère, infidélité désinvolte ou traitrise délibérée,
sont synonymes de rupture d’un contrat, d’un lien, d’une association d’amitié, d’amour voire de collaboration professionnelle. 

Rav Schimschon Raphael Hirsch propose de rapprocher la racine NEDER de NETER (נתר), sautiller:
mettre un espace entre mon présent et mon avenir, parier sur l’inconnu...
BELI NEDER par contre, c’est gérer le présent, donner si on peut, plutôt que de promettre et ne pas tenir. 

Cette notion de NEDER, en fait de la parole donnée, est si importante qu'elle se trouve au cœur de deux cérémonies qui marquent le début l'année juive.
Kol nidrey et hatarat nedarim, l’une célébrée à l’entrée de Yom Kippour, la seconde la veille de Rosh Hashana ou la veille de Yom Kippour.

Ces deux cérémonies marquent l’ouverture de la nouvelle année juive et comportent une déclaration, l’une collective, la seconde individuelle,
qui ont pour but de se délier, de se rétracter de toutes promesses ou vœux contractés depuis un an, et/ou des promesses et vœux que nous pourrions émettre au cours de l'année à venir, sans les tenir.

Cette pratique a suscité bien des étonnements à travers l’histoire, souvent des railleries. "Facile de prendre des engagements si on peut s'en libérer si facilement sans les tenir..."
Nos sages ne sont pas si naïfs: seules les promesses non tenues par mégarde ou oubliées sont concernées.

La prière de Kol Nidrei ne vous délivrera jamais d'un engament délibérément non tenu. Vous n'aurez d'autre solution que d'aller traiter directement avec la personne lésée et de réparer le manquement à votre parole.
On est loin on le voit d'un système d'indulgence ou encore moins d'absolution... Loin d’une annulation automatique.

De ce traitement de choc annuel, chargé d’émotions séculaires, porteur de cohésion sociale, de ferveur, de sincérité et d’engagement, nous allons emporter une sorte de "leçon" pour toute l’année à venir: nous tenterons dorénavant de nous garder de prononcer des vœux et des serments sans en mesurer la portée.

Une manière d’éviter d’avoir à dénouer des nœuds de vie qu’une parole hâtive nous imposerait. 

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