Chandeleur ( 2 février) : la recherche historique stagne

Chandeleur ( 2 février) : la recherche historique stagne

Chandeleur

La Présentation de Jésus au Temple, par Fra Angelico (1440-41).   (Wiki Commons/The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002)

Entrevue avec l'historien du christianisme Philippe Roy-Lysencourt, journaliste Philippe Vaillancourt  de Présence info 

Pour plusieurs, la chandeleur est d'abord et avant tout synonyme de crêpes, reléguant l'aspect religieux de la fête de la Présentation de Jésus au temple au second rang. C'est en se penchant récemment sur les origines, les développements de cette fête et les rites qu'on y associe que le professeur Philippe Roy-Lysencourt, spécialiste en histoire du christianisme à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université, a constaté que la recherche historique bat de l'aile sur cette question. Portrait d'un terrain de recherche en attente d'être labouré.

Présence : Que fête-t-on exactement le 2 février? 

Philippe Roy-Lysencourt : Le 2 février, en s’appuyant sur l’évangéliste saint Luc (Luc 2, 22-38), l’Église commémore trois épisodes bibliques qui eurent lieu le même jour: la Purification de la Vierge Marie, la Présentation de Jésus au Temple et la double rencontre de la Sainte Famille avec le vieillard Siméon et avec la prophétesse Anne.

Les deux premiers événements font référence à deux prescriptions juives: celle qui imposait la purification de la mère après un enfantement et celle qui ordonnait de consacrer au Seigneur tout mâle premier-né. La première est une loi de Moïse qui ordonnait aux femmes juives ayant enfanté de demeurer quarante jours sans s’approcher du tabernacle. À l’issue de cette période, elles devaient offrir un sacrifice à Dieu pour être purifiées. Ce sacrifice consistait en l’offrande d’un agneau qui devait être consommé en holocauste, auquel devait s’ajouter une tourterelle ou une colombe. Si la famille était trop démunie pour offrir un agneau, ce qui était le cas de Marie et Joseph, il était permis de le remplacer par une autre tourterelle ou une autre colombe.

La seconde loi ordonnait aux juifs de racheter à Dieu tout mâle premier-né. Pour comprendre cette prescription, il faut remonter à l’esclavage des juifs en Égypte et aux plaies qui touchèrent ce pays suite au refus obstiné du pharaon de les laisser quitter le pays. Après la dixième plaie au cours de laquelle tous les premiers-nés d’Égypte moururent – sauf ceux des enfants d’Israël – tous les garçons premiers-nés des juifs devinrent propriété de Dieu et devaient lui être rachetés (Exode 13). Ainsi, un mois après sa naissance, le premier-né tombait sous la loi du rachat dont le prix était de 5 sicles d’argent. Marie et Joseph se soumirent à cette prescription le jour où ils présentèrent Jésus au Temple. Il faut mentionner ici que cette dernière démarche n’était pas obligatoire ; ce qui était requis, c’était uniquement le rachat. Cependant la présentation de l’enfant était possible et c’était une pratique pieuse à laquelle Marie et Joseph s’astreignirent.

Le dernier événement commémoré le 2 février est celui de la rencontre de la Sainte Famille avec Siméon et Anne. Siméon était un homme «juste et pieux» qui «avait été divinement averti par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur». (Luc 2, 25-26) Selon l’évangile de Luc, «poussé par l’Esprit», lorsque Marie et Joseph vinrent pour accomplir les prescriptions de la loi, il vint au-devant d’eux, prit l’enfant dans ses bras et dit: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël.» (Luc 2, 27-32) Ces paroles, appelées le Nunc dimittis, sont chantées au cours de l’office religieux du 2 février. En plus de Siméon, la Sainte Famille rencontra la prophétesse Anne, une femme de 84 ans qui «ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière» et qui, après avoir vu Jésus, «louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem» (Luc 2, 36-38).

Quelle est l’origine de la chandeleur? 

PRL : Il faut tout d’abord préciser que les sources sont très pauvres pour approfondir cet aspect et qu’elles se contredisent sur certains points. Ce que l’on sait, c’est que cette fête a pris naissance à Jérusalem et qu’elle existait dès le IVe siècle ...Lire la suite sur Présence info 

Quels rites religieux ont alors été associés à la chandeleur et quelles sont leurs significations?

PRL : Trois rites spécifiques sont associés à cette fête: la bénédiction des cierges, la procession et la messe à lire sur sur Présence info 

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