La Transfiguration: dimanche 6 août 2017

La Transfiguration: dimanche 6 août 2017

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Jésus transfiguré?

Au milieu de l'été, les chrétiens célèbrent la fête de la Transfiguration. Que penser de ce récit inondé de manifestations surnaturelles pour le moins étranges? La réponse du P. Sylvain Gasser, assomptionniste. En partenariat avec la Croix sur le site CROIRE

Sur la montagne, là où la terre s'exhausse dans la lumière, devant Pierre et les« fils du tonnerre », Jacques et Jean, Jésus apparaît comme source de la lumière.« Qu'il est bouleversant ce visage, écrit Anastase le Sinaïte.Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu et la porte du ciel », par lui,« nous voyons Dieu dans la forme d'un homme, le visage resplendissant, rayonnant plus que le soleil ».« Voyez ce soleil, comme il fulgure », s'exclame encore Jean Damascène.

Les images de la fécondité solaire emplissent ce récit, mais on ne peut en rester là, au risque d'assister à un spectacle qui n'aurait plus rien à voir avec notre vie présente. Pour toute la tradition de l'Église, aussi bien occidentale qu'orientale, cette transfiguration est d'abord celle des disciples. Dans un moment d'illumination, ils ont la révélation de l'identité véritable de celui qu'ils considéraient comme leur Maître. En ce lieu sommital où le céleste se condense dans la blancheur de la neige, ils sont passés du masque au visage, de l'extérieur à l'intérieur, de l'apparence au mystère. En Christ, la beauté divine restaure, dans la lumière, la beauté humaine. Tout chrétien est invité à revivre ce passage dans sa rencontre de l'autre: traverser la figure pour pressentir la réalité intime, le dessein secret qui engage et l'homme et Dieu.

 c DR La Transfiguration nous apprend que la lumière ne vient plus du dehors comme un éclair effrayant, mais de la profondeur même de notre corps greffé à celui du Christ. Rien n'est plus spirituel que le corps. C'est donc vers celui-ci qu'il nous faut tourner la tête et c'est au bas de la montagne que nous apprendrons« à déchiffrer les visages, autour de nous, chaque visage, comme la fin du monde: le lieu où tout commence à prendre feu »(Olivier Clément).

L'humanité est placée devant un choix vital: la transfiguration, qui est la pleine reconnaissance de l'identité de l'autre, ou la défiguration, qui est la négation de son corps et de son âme. N'est-il pas temps de délivrer le feu caché et comme étouffé sous la cendre du monde, ce monde imparfait où trop souvent règnent la fascination de la logique de guerre et la perversion d'une culture de mort? Jamais peut-être, l'homme n'a été autant considéré que dans ce récit. C'est à lui qui n'ose prendre la mesure de sa responsabilité, que le Seigneur déclare:« Vois, je te propose aujourd'hui le choix entre vie et mort, bonheur et malheur (…). Choisis donc la vie, afin que tu vives, toi-même et ta postérité »(Dt 30, 15.19).

La fraternité révélée pallie toute tentative de défiguration, car nous savons désormais que chaque homme est susceptible d'être dévoilé comme Jésus l'a été sur la montagne. Et nous « reconfigurerons » l'homme, mon frère, si nous acceptons de porter sur lui, ne serait-ce qu'un instant, le regard du Père. 

P. Sylvain Gasser - Article publié dans le Supplément Religion et Spirtualité de la Croix des samedi 29, dimanche 30 juin 2013.
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