Les différents jeûnes dans le judaïsme

Les différents jeûnes dans le judaïsme

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Les jeûnes, c'est quoi ?

On peut diviser les jeûnes du calendrier d'Israël en quatre catégories :

Le jeûne de la Torah : Kippour.
Les jeûnes liés à la destruction de Jérusalem et à l'exil : 3 tichri, 10 tévet, 17 tamouz, 9 av.
Les jeûnes liés à d'autres événements historiques : le jeûne des premiers-nés (souvenir de la sortie d'Egypte), le jeûne d'Esther.
Les jeûnes privés : évènement familial ou personnel.

Le sens des jeûnes

Il existe des jours durant lesquels la communauté d'Israël jeûne à cause des malheurs qui touchèrent nos ancêtres et afin de réveiller les cœurs vers les chemins de la repentance. Cette conduite nous rappellera nos mauvaises actions identiques à celles de nos pères, et qui furent la cause de nos souffrances. Par le souvenir de ces évènements nous pourront revenir en nous améliorant ainsi qu'il est dit : Ils confesseront leur faute ainsi que la faute de leur père. "
(Rambam Lois du Jeûne. V, 1)
 

Ainsi pour notre maître Rambam, il s'agit d'évoquer la faute de nos pères que dans un seul but : prendre conscience que nous n'agissons pas mieux qu'eux, et que si nous avions vécu en 70, nous aurions vu le Temple et Jérusalem détruits sous nos yeux. C'est pourquoi ces jours sont des temps d'une introspection intérieure, de bilan moral et spirituel afin de revenir vers Hachem, car le jeûne n'est pas un but en soi, mais un moyen de se repentir. Ainsi qu'il est dit à propos des Ninivites : " Et Hachem vit leurs actions " et le Talmud (Taanit 16a) de commenter : " Il ne vit pas les sacs ni le jeûne, mais leurs (bonnes) actions ".

C'est pourquoi, on n'utilisera pas ce jour pour flâner ou se consacrer à des futilités, même si on ne peut s'absenter de son travail, on évitera les vains bavardages, car l'essentiel n'est pas dans le jeûne mais dans la prise de conscience de son éloignement d'Hachem et dans le désir de faire le bien selon Sa volonté. Tel est le sens de cette mitsva instituée par nos prophètes (sur eux la paix) de jeûner le 17 tamouz, le 9 av, le 3 tichri et le 10 tévet.

Mais ces jeûnes doivent aussi nous rappeler l'unité du peuple d'Israël et la valeur de Jérusalem comme le cœur même de cette unité. C'est pourquoi chacun réfléchira durant cette période aux trois piliers de notre identité, comme cela est mentionné par rabbi Yéhouda Halevi dans son Kouzari : am Israël, torat israël et erets israël, le peuple, la Torah et la Torah d'Israël.

Et que l'Eternel (que son nom soit exalté) réalise la promesse annoncée par le prophète Zacharie (sur lui la paix) et qu'Il transforme les quatre jours de deuil en jours de joie et d'allégresse

 

 9av  Jeûne du 9 Av (en souvenir de la destruction du Temple)
 

  Introduction

  Le 9 Av est l'un des principaux jeûnes du calendrier juif. Il a été instauré en souvenir de la   des  premier et second Temples et par voie de conséquence, la perte de toute souveraineté nationale  peuple juif sur sa terre et le début d'un exil qui durera dix neuf siècles.

  C'est avec celui de Yom Kippour, le seul jeûne à débuter la veille au soir avant la tombée de la  nuit.

On y appliquera rigoureusement les règles du deuil, tels que :

- Ne pas saluer

- Ne pas s'asseoir sur une chaise ou un fauteuil

- Ne pas porter de chaussures de cuir

Le 9 Av est en effet devenu le symbole des malheurs du peuple juif et il est vrai qu'à toutes les époques, des événements dramatiques ont balisé l'Histoire du Peuple Juif le 9 du mois d'Av :

- La promulgation du décret interdisant aux Hébreux qui ont quitté l'Egypte d'entrer en Terre d'Israël

- La chute de Bétar, dernier fortin encore tenu par les chefs de la révolte de Bar Kochba

- L'établissement d'un temple païen aux lieu et place du Temple et la reconstruction de Jérusalem en tant que ville païenne renommée Aelia Capitolina, interdite aux juifs

- Le suicide collectif des juifs de York durant les émeutes antisémites de 1190

- L'expulsion des juifs d'Espagne en 1492

- Le début de la liquidation du Ghetto de Varsovie en 1942.

Certaines des interdictions (consommation de viande et de vin) restent en vigueur jusqu'à la journée du 10 Av, puisque le Temple a brûlé jusqu'à cette date.

Les Trois Semaines

La période de trois semaines qui précède le 9 Av est marquée par un premier jeûne celui du 17 Tamouz correspondant aux premières brèches dans les murs de Jérusalem par Nabuchodonosor pour le Premier Temple et par Titus pour le Second. La Michnah cite également pour cette journée une série d'événements dramatiques :

 

  • La brisure des Tables de la Loi, par Moïse, lorsque, redescendant du Mont Sinaï, il constata l'adoration du veau d'Or par le peuple.
     
  • L'interruption du service quotidien au Temple (le 13 Tamouz), après que les Cohanim - les prêtres - ne trouvèrent plus d'agneau pour le sacrifice quotidien.
     
  • Les rouleaux de la Torah brûlés, plusieurs années avant la destruction du Second Temple, lorsqu'un conflit éclata entre les juifs et les occupants romains.
     
  • L'installation d'une idole païenne dans le Temple par un dirigeant romain.

Durant la période des trois semaines, le peuple juif applique un certain nombre de symboles du deuil, tels que :

* Ne pas célébrer de mariages
* Ne pas acheter ou porter des vêtements neufs,
* Ne pas écouter de musique ou se baigner (pour le plaisir), sauf en cas d'immersion dans un bain rituel ou pour des raisons de santé. S'abstenir de consommer des fruits nouveaux pour lesquels on est tenu de dire la bénédiction "Cheheh'eyanu"
* Ne pas se raser ou se faire couper les cheveux
* S'abstenir de porter des litiges devant des tribunaux ou d'entreprendre de longs voyages.

Dans certaines communautés, les véritables règles de deuil ne démarrent qu'à partir du Premier Av.

Les Neuf Jours

Les neuf jours qui précèdent le jeûne du 9 Av, correspondent à la recommandation expresse de nos Sages de diminuer le niveau de réjouissance à l'entrée du mois d'Av.

Aux restrictions indiquées depuis le début des Trois Semaines de Deuil, on ajoutera l'interdiction de consommer de la viande et du vin, correspondant à la fin des offrandes et des libations au Temple dans les jours qui précédèrent sa destruction.

La Veille du 9 av et le Repas d'interruption

L'étude de la Torah

L'étude de la Torah réjouissant le cœur de l'étudiant, nos sages zal ont interdit le limoud Torah durant le 9 av à l'exception des sujets de circonstance comme les lamentations de Jérémie, Job ou les passages du Talmud qui traitent de la Destruction. En fait, nos avons l'habitude d'interrompre l'étude à partir du 8 av à midi, afin de ne pas entrer dans le jeûne avec des pensées de Torah. (Rama chap. 553 - 2.)

Le repas d'interruption

Durant le dernier repas avant le jeûne, ou repas d'interruption (séoudat amafseketh), on sera vigilant à ne consommer ni viande, ni boire du vin qui sont les aliments de la joie et qui rappellent les sacrifices et les libations du Temple, bien qu'en général, nous ayons pris cette interdiction depuis le Roch Hodech av (Maran 552-1 et Michna béroura note 1). De même la consommation d'alcool est prohibée quoi que certains autorisent pour des personnes de faible constitution qui auraient besoin de ce type de remontant, et chacun suivra sa nature (Michna béroura note 4).

Durant le repas d'interruption, on ne consommera pas deux mets cuits, ni un même met cuit provenant de deux marmites différentes, dont l'un serait gras et l'autre plus light. (Maran 552 - 3. Ben ich Haï paracha Dévarim, Michna béroura note 8). On ne consommera pas non plus un œuf dur et un œuf au plat ou une omelette, car cela est considéré comme deux plats (Ben ich Haï ibid.). De même un aliment généralement consommé cru, et qui aurait été cuit, prend le statut de met cuit, par exemple une compote de pomme ou d'abricot (Maran ibid. - 3 et Ben ich Haï ibid.). L'interdiction de cet interdit est justifiée par le fait que la profusion de mets marque la joie de la table incompatible avec l'esprit du 9 av. (Michna béroura note 11).

Tout met qui comporte dans sa composition plusieurs ingrédients (par exemple le riz aux lentilles, la soupe de légumes, les petits pois aux carottes) est considéré comme un seul met. (Ben ich Haï ibid.). L'habitude s'est répandue de consommer des lentilles aux oeufs qui est devenu le plat de l'endeuillé (les aliments ronds rappellent le cycle de la vie et le visage fermé de l'endeuillé, l'œuf évoque en plus une vie avortée). (Maran ibid. - 5), mais à condition de consommer ce type de plat dans l'année, sinon on consommera ou des lentilles ou des oeufs (Kaf hahaïm 30). Dans nos régions européennes, nous prenons l'œuf dur (Rama ibid. - 5 et Kaf hahaïm 33). Erreur à éviter : prendre un repas puis prendre un œuf comme dessert. (Michna béroura note 14 et Kaf hahaïm 32).

Par contre il est tout à fait licite de consommer toutes sortes de fruits, même en salade, car de tels aliments ne sont pas cuits. (Maran ibid. - 4). Par contre des fruits ou légumes conservés en macération avec vinaigre ou eau salée sont considérés comme aliments cuits et donc interdits. (Responsum Téfila lémoché Tome II,26). Des salades de tomates ou de laitues sont autorisées, certains sont plus sévères (Kaf hahaïm 11). Quant aux fromages de toutes sortes, ils ne sont pas considérés comme mets cuits, sauf s'ils ont été cuis comme pour une pizza par exemple. (Kaf hahaïm note 29, Ben ich Haï ibid.). En ce qui concerne le thé ou le café les avis sont partagés, certains permettent, d'autres interdisent (Kaf hahaïm 29. Kol Sinaï 22).

Et qui pourra accomplir ceci mangera du pain sec et de l'eau, mais à condition d'être sûr de tenir le jeûne, qui dans nos régions est très long et souvent pénible à cause de la chaleur. (Maran ibid. - 6. Michna béroura note 15). On a l'habitude de s'asseoir par terre pour prendre la séoudat amafseketh, sur un petit linge ou un petit tapis, mais pas sur un sofa ou un coussin. (Maran ibid. - 7. Ben ich Haï ibid. Kaf Hahaïm 39). On s'isolera pour prendre le repas d'interruption, et trois hommes ne mangeront pas ensemble afin de ne pas réciter le zimoun, car le zimoun souligne le caractère fixe du repas, alors que les sages ont voulu lui donner un caractère provisoire et fragile. (Maran ibid. - 8. Ben ich Haï ibid. 20). Et même si trois hommes ont mangé ensemble ils ne réciteront pas le zimoun, pour la raison susmentionnée. (Michna béroura note 19. Kaf hahaïm 43).

Min'ha précédant le jeûne

La veille du 9 av à minha, on ne récitera pas les supplications (tahanounim) car le 9 av est appelé moed, "rendez-vous" dans le sens de fête, ainsi même au milieu du deuil, Israël garde l'espérance de la reconstruction du Beth Hamikdach (biméra béyaménou amen) (Maran ibid. - 12).

Voir les autres jeûnes sur le site du Consistoire Paris île de France