Des Hommes et des Dieux (de Xavier Beauvois, France 2010. Festival de Cannes 2010 : Grand prix du jury, prix du Jury œcuménique et prix de l'Education nationale.)

Des Hommes et des Dieux (de Xavier Beauvois, France 2010. Festival de Cannes 2010 : Grand prix du jury, prix du Jury œcuménique et prix de l'Education nationale.)

Lyon, juin 2010 (Michèle Debidour) - La fraternité entre les moines, leur respect pour l'islam, la profonde humanité de leurs relations avec les villageois sont bouleversants de vérité. La beauté des paysages du Maghreb enracine cette aventure spirituelle dans la réalité. "Révéler de façon éclatante la transcendance de la force spirituelle."Algérie 1996 : huit moines chrétiens vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand la violence islamiste se fait plus menaçante, ils sont déchirés par le choix à faire : faut-il partir ? faut-il accepter la protection de l'armée ? Ils décident finalement de poursuivre jusqu'au bout leur engagement pour Dieu et l'Algérie.

La première qualité de ce film est le respect. Respect du donné historique d'abord. Par exemple la belle scène où le prieur Christian de Chergé (Lambert Wilson) affronte le chef islamiste venu demander de l'argent et des médicaments la veille de Noël est authentique : il raconte dans son journal comment, après avoir refusé, il a ajouté "cette nuit nous allons fêter la venue du prince de la paix" et Sayah Attiyah de s'excuser "je ne savais pas". De même le testament de Christian est habilement évoqué deux fois : le réalisateur nous montre le prieur en train d'écrire la phrase qu'il fera résonner en voix off ensuite "s'il m'arrivait un jour - et ce pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme [...], j'aimerais que ma communauté, mon église, ma famille se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays". bmp_et_des_dieux.bmp Respect de la vie monastique ensuite. Le quotidien de ce petit monastère cistercien est montré dans sa simplicité, ponctué par l'alternance des travaux et des offices. Ce rythme tranquille donne au film son équilibre et son souffle. Les temps de prière sont toujours brefs mais intenses et dans ce contexte dramatique, les psaumes prennent tout leur relief de cris vers le Seigneur. Entre temps, les moines sèment, vendent leur miel au marché, participent à une fête au village voisin. Frère Luc (Michael Lonsdale), malgré l'age et la maladie, soigne infatigablement tous ceux qui viennent à lui et trouve le temps de répondre paisiblement aux questions d'une jeune fille sur la relation amoureuse : "mais vous, avez-vous été un jour amoureux ?" demande-t-elle ; "oui, deux fois, mais pour finir j'ai choisi un plus grand amour". L'interprétation collective, remarquable, a été minutieusement préparée par les acteurs qui ont séjourné plusieurs jours à l'abbaye de Tamié et se sont ensuite longuement entraînés au chant des offices. Lors de la conférence de presse à Cannes, Lambert Wilson a insisté sur l'atmosphère exceptionnelle de ce tournage : "un état de grace du début à la fin". Comme à son habitude, et peut-être plus encore que dans ses précédents films, Xavier Beauvois réussit à rendre avec justesse des situations existentielles décrites sans emphase. La fraternité entre les moines, leur respect pour l'islam, la profonde humanité de leurs relations avec les villageois sont bouleversants de vérité. La beauté des paysages du Maghreb (le tournage s'est fait au Maroc) au fil des saisons (douce lumière du printemps, neige et brouillard de l'hiver) et la présence des animaux domestiques enracinent cette aventure spirituelle dans la réalité de son cadre géographique naturel. Enfin nous lui savons gré de sa discrétion sur la fin tragique et l'énigme policière qu'elle pose. "Ce rythme tranquille donne au film son équilibre."Une seule scène est plus démonstrative, la seule accompagnée de musique (et quelle musique : le lac des cygnes de Tchaïkovski !) c'est le repas festif qu'ils partagent avec le frère venu de France les visiter (et leur apporter deux bonnes bouteilles !). Leur émotion évoque alors mieux que tout discours la communion profonde qui les unit et l'invincible espérance qui les soulève au-delà de leur peur de la mort. Il fallait la symbolique de ce dernier repas pour révéler de façon éclatante la transcendance de la force spirituelle qui les habitait jusqu'alors de façon humble et discrète. Michèle Debidour, présidente du Jury œcuménique de Cannes 2010 article extrait du site Signis France