"Habemus papam" sortie le 7 septembre sur les écrans du dernier film de Nanni Moretti, avec Michel Piccoli

"Habemus papam" sortie le 7 septembre sur les écrans du dernier film de Nanni Moretti, avec Michel Piccoli

Synopsis : Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d'élire son successeur. Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s'élève la fumée blanche. Enfin, un cardinal est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l'apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d'une telle responsabilité. Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ? Le monde entier est bientôt en proie à l'inquiétude tandis qu'au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…

ci-dessous la critique de ce film par Hermès Psychopompe, s. j.
SOURCE: site du diocèse de Lyon

Des images somptueuses d'un des lieux au monde les plus connus mais qu'on ne se lasse jamais d'admirer – cette place aux bras ouverts où l'on entre comme un bateau dans le port, quand les bras ouverts de celui qui bénit du haut de la grande loggia signifient à chacun, croyant ou non, l'évidence qu'il est attendu, aimé, protégé. Des images toujours émouvantes, quoique connues elles aussi, des funérailles d'un pape – aucun montage ou trucage ne cherche à dissimuler qu'il s'agit de Jean-Paul II. Mais voilà qu'aussitôt après, le génie cinématographique de Nanni Moretti nous fait basculer dans une inimaginable fiction. Pas celle du conclave qui s'ouvre selon les règles, avec des cardinaux vieux à souhait, filmés avec une drôlerie complice dont la pathologie française de la dérision, cette « fiente de l'esprit » (J. Julliard) des amuseurs publics, nous aurait presque déshabitués. Non, l'inimaginable n'est pas là : il est dans ce pape élu qui ne veut pas être pape. àÅ tre pape, certes, personne n'en veut : les terreurs anticipatrices des cardinaux avant le vote nous sont très bien suggérées, là encore avec drôlerie et presque avec tendresse. Mais voilà l'élu (Michel Piccoli) désigné par le vote de ses pairs : comment pourrait-il se dérober ? Terrassé par la nouvelle, abasourdi par les applaudissements qui soudain l'entourent et par la déférence qui tout à coup le cerne, le nouvel élu se laisse docilement habiller et conduire à la grande loggia au pied de laquelle l'attend la foule immense et remplie de ferveur. Le camerlingue se présente en premier au balcon et, jubilant, prononce la formule rituelle « habemus papam »Ã¢â‚¬Â¦ quand un terrible cri retentit dans son dos et le glace d'effroi : « non ce la faccio, je n'y arriverai jamais ! » Et c'est la fuite éperdue du nouveau pontife, laissant la foule (qui ne l'a même pas vu et ignore son nom) et l'assemblée des cardinaux dans le plus total désarroi. Deux péripéties majeures marquent la suite du film. La première est l'arrivée du psychanalyste (Nanni Moretti), commis d'office par un directeur de la communication vaticane (Jerzy Stuhr) acculé par les circonstances à souffler des initiatives au collège cardinalice complètement désemparé. La rencontre d'un pape dépressif et d'un praticien incroyant revenu de tout, même de la psychanalyse, est un sommet tragi-comique. Mais c'est aussi le moment où l'on commence à se demander quel message veut nous faire passer le réalisateur – et même, au fond, s'il y a un message autre que celui-ci : rien n'a réponse à rien, ni l'église bien sûr, ni la psychanalyse. Tout n'est que faux-semblant, la vie n'est qu'un théatre dans lequel, faute de mieux, chacun continue à jouer son personnage. Le théatre est le deuxième rebondissement du film : après avoir habilement faussé compagnie à son escorte, le nouveau pontife, en tenue banalisée de vieux monsieur candide, commence à arpenter sans but les rues de Rome, et, au gré des rencontres, avoue avoir raté son rêve de jeunesse : devenir acteur ! Pendant que les cardinaux désœuvrés tuent le temps au Vatican dans un tournoi de volley organisé par le psychanalyste, la caméra suit le pape fugueur son errance jusqu'au milieu d'une troupe de théatre qui répète du Tchekhov... Tout en laissant au spectateur la surprise du dénouement, essayons de tirer un bilan. Certes, ce film est superbe, servi par des acteurs éblouissants, et dans l'ensemble, malgré quelques longueurs, mené tambour battant. La présentation qui nous est faite du centre de l'église catholique ne tombe pas dans les poncifs auxquels nous sommes habitués et il y a, redisons-le, quelque chose d'affectueux dans l'humour qui traverse le film. Le problème est ailleurs : il n'y a aucun sens à chercher. La prétention de l'église à détenir les clés du ciel n'est pas remise en cause, puisque le ciel est vide ; et la prétention des sciences humaines à aider l'homme à se comprendre lui-même n'est pas remise en cause non plus, puisqu'il n'y de toute façon rien à comprendre. De ce point de vue, Habemus papam paraît largement en retrait par rapport à d'autres films de Nanni Moretti. La messe est finie (1985) brossait le portrait d'un jeune prêtre totalement décalé par rapport aux préoccupations de ses contemporains, mais habité d'un zèle incontestable. Surtout, La chambre du fils (2001) montrait sans fard la détresse d'une famille terrassée par la mort d'un garçon de quinze ans et qui, en l'absence de référence à Dieu, ne trouvait d'autre issue que de se mettre à la recherche d'un souvenir. Dans l'un et l'autre cas, Moretti s'impliquait beaucoup personnellement, aussi bien dans le rôle du jeune prêtre que dans celui d'un père désespéré. Ce n'est plus le cas ici. Les rares reparties empreintes de gravité dans le deuxième versant du film se déroulent pendant le tournoi de volley, lequel apparaît comme le seul enjeu « sérieux » qui vaille qu'on y consacre ses forces. Face au médecin en mal de patient, les cardinaux en mal de pape sont en définitive dans une situation analogue : ils sont privés de ce qui leur permettait encore de jouer leur rôle dans un monde dépourvu de sens. Sur les enjeux de l'existence en ce monde d'un successeur de l'apôtre Pierre, il y avait sûrement autre chose à dire : Nanni Moretti n'est pas en mesure de le dire, et on lui saura au moins gré de n'avoir pas fait semblant.
Hermès Psychopompe, s. j.
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