Le concert - Le film réalisé par Radu Mihaileanu raconte la venue à Paris d'un faux orchestre du Bolchoï

Le concert - Le film réalisé par Radu Mihaileanu raconte la venue à Paris d'un faux orchestre du Bolchoï

Avec Mélanie Laurent, François Berléand, Miou-miou...(France) Enfin un film formidable ! (...) Avec du rire, des larmes, de la musique, de la passion. (...) Radu Mihaileanu, le réalisateur, conduit sa partition d'une main de maître entre drôlerie, extravagance et émotion.

Avec Mélanie Laurent, François Berléand, Miou-miou…(France) Enfin un film formidable ! (…) Avec du rire, des larmes, de la musique, de la passion. (…) Radu Mihaileanu, le réalisateur, conduit sa partition d'une main de maître entre drôlerie, extravagance et émotion. - Le Journal du Dimanche 1er novembre 2009, Danielle Attali - La blague date de l'époque Brejnev : "Qu'est-ce qu'un orchestre de chambre en Russie ? C'est un orchestre qui revient de tournée !" Sous-entendu : ils sont partis à plus de cent et rentrent à moins de cinquante. A l'époque, il y avait tant de musiciens qui demandaient l'asile politique que Brejnev en a eu assez. Un beau jour, il a renvoyé tous les juifs des orchestres. Un seul - non juif - s'est opposé à cette mesure, Evgueni Svetlanov, qui a lui-même perdu sa place. Un peu plus tard, un faux orchestre russe a débarqué à Pékin. - A partir de ces deux événements authentiques, le cinéaste Radu Mihaileanu a inventé une furieuse histoire slave : l'aventure d'un faux orchestre se revendiquant du Bolchoï et venant se produire à Paris. Auparavant, le réalisateur s'était fait connaître avec Train de vie, récit d'un faux train de déportés, avec de vrais juifs et de faux nazis. Puis, il a enchaîné en 2005 avec Va, vis et deviens, l'histoire d'un faux juif falasha qui part d'Ethiopie pour Israël. - Il faut sans doute être né en 1958 dans la Roumanie de Ceausescu pour comprendre la fascination qu'éprouve Radu Mihaileanu pour l'usurpation. Lui préfère la formule "imposture positive". "Elle permet de survivre." Comme ce fut le cas pour son père. "Il a été déporté pendant la guerre, s'est évadé, a changé son nom. Bechman est devenu Mihaileanu parce que ça faisait plus roumain. Il n'a jamais pu reprendre son identité, car ensuite, le stalinisme lui est tombé dessus." - Mihaileanu arrive clandestinement en France - Radu et son frère ne se sont donc jamais appelés Bechman. Ils apprennent qu'ils sont juifs à l'age de 5 et 7 ans. "Je n'ai pas su tout de suite ce qu'une telle révélation signifiait. Mes parents n'étaient pas religieux. Je racontais la nouvelle à tous mes copains et l'un d'eux m'a dit : 'Je ne serai plus jamais ton ami.' Ce jour-là , j'ai compris qu'être juif pouvait être dangereux." Un événement pas si anecdotique propre à forger une identité. A la maison, la grand-mère de Radu est restée pratiquante. La vieille dame possède d'ailleurs sa propre vaisselle kasher. "Avec mon frère, on y cachait du jambon la nuit pour voir si Dieu la punissait. On voulait tester cette religion qui nous avait rendus différents du jour au lendemain." Entre interrogation et ambivalence, le cinéaste en tirera son inspiration. - Flanqué de ce qu'il appelle sa "double fausse identité", Radu Mihaileanu arrive clandestinement en France en 1980 via Israël. Pour l'étudiant en cinéma de 22 ans, plus question de retour au pays. Afin de protéger sa famille d'éventuelles représailles, il imagine avec eux un scénario bien ficelé. Lorsqu'il leur téléphone pour annoncer sa défection, ces derniers rentrent dans une terrible colère : Radu devient un "traître à la patrie", un "renégat". En fait, tous donnent le change. L'appartement est truffé de micros. - A Paris, le futur réalisateur n'est qu'un clandestin comme un autre. "J'étais juste un réfugié politique. Ni roumain ni français. A cette époque, la France me rejetait. Je me sentais traqué partout et aussi à l'intérieur de moi-même. Le virus de la dictature nous avait abîmés. Quasiment jusqu'à la chute de Ceausescu, j'ai fait des cauchemars dans lesquels j'étais espionné. Dans la rue, je me retournais souvent pour voir si j'étais suivi. C'était l'époque où ils kidnappaient et droguaient les Roumains pour les ramener au pays. Aujourd'hui, je considère toujours que la démocratie est une valeur essentielle que je veux transmettre à mes enfants." - "C'est très roumain et très juif de rire de choses graves" - Un thème omniprésent dans tous ses films. "Au-delà , il y est surtout question de dignité humaine, de solidarité, mais sur le ton de la comédie. C'est très roumain et très juif de rire de choses graves jusqu'au burlesque. Nous, on vivait avec Kafka au quotidien. Se chauffer quand ils coupaient l'électricité en hiver ou chercher de quoi manger pendant deux jours, ça rendait mon père fou. Il était rédacteur en chef adjoint d'une grande revue littéraire et a traduit Sartre, Malraux, Mauriac…" Les parents de Radu Mihaileanu finiront par arriver dans l'Hexagone en 1985. "On les a fait sortir du pays alors qu'ils étaient à la retraite. Ils ont tout abandonné, mais ma mère qui craignait qu'on dépense trop d'argent pour leur installation n'a pas voulu laisser ses casseroles. Ils ont voyagé en train pendant deux jours avec leur quincaillerie." - Pas étonnant si dans Le Concert, qui se passe de nos jours, les Russes vivent toujours à l'heure de la débrouille : faux passeports, faux militants, fausse foule de supporters, faux invités à un mariage, mais vrais musiciens. "Ce sont des laissés-pour-compte qui se voient offrir une seconde chance. J'ai un peu forcé le trait. Le film montre une Russie mélange de celle de Boris Eltsine et de celle d'aujourd'hui. La musique agit comme une métaphore." Autour d'un extraordinaire concerto de Tchaïkovski. "La scène du concert a été mon plus grand cauchemar. J'ai cogité pendant six mois. Plus j'étais angoissé, plus je travaillais. On a tourné à trois caméras. Je voulais que cela ressemble à un clip musical qui durerait plus de douze minutes avec des flash-back et des voix off. Il était essentiel de rendre ces instants crédibles et puissants." - Mélanie Laurent, qui est gauchère, a travaillé douze semaines avec la musicienne Sarah Nemtanu pour apprendre notamment à positionner son violon à droite (c'est le seul instrument qui ne s'inverse pas). Alors, sur la scène du Chatelet, quand on écoute cette bande de musiciens bras cassés interpréter à l'unisson Tchaïkovski, ce chef d'orchestre aux allures de Don Quichotte, cette violoniste virtuose qui voudrait savoir qui sont ses vrais parents, la grace se pose sur nous. C'est tout simplement magique. - Exubérance et émotion - Enfin un film formidable ! Celui qui rachète tous les longs métrages français moyens ou ratés, qui ont meublé cette rentrée. Le Concert offre de façon inattendue un superbe moment d'émotion et de bonheur. Avec du rire, des larmes, de la musique, de la passion. L'histoire ? Le plus grand chef russe, Andreï Filipov, banni en pleine représentation, trente ans auparavant pour avoir refusé, comme le voulait Brejnev, de se séparer de ses musiciens juifs, est devenu homme de ménage. Un jour, il intercepte un fax invitant l'orchestre du Bolchoï à se produire à Paris au Théatre du Chatelet. Obsédé par ce concerto de Tchaïkovski qu'il n'a jamais pu terminer, sans doute aussi par désir de retrouver sa dignité, Filipov décide de réunir ses anciens musiciens, tous vivotant de petits boulots, pour partir en France avec son faux orchestre. - A l'écran, cela donne une sorte de casting à la Full Monty : un ambulancier, un asthmatique, un Gitan, des déménageurs, un communiste pur et dur, des bricolos… Et l'arnaque va presque fonctionner… Il y a dans Le Concert, comédie aux échappées burlesques, lyrique en diable, une indéfectible humanité et une solidarité fiévreuse. On y jubile quand les sans-grade triomphent des privilégiés, quand l'imposture devient plus belle que la réalité, et que les histoires du passé rattrapent les personnages pour les rendre encore meilleurs. Radu Mihaileanu, le réalisateur, conduit sa partition d'une main de maître entre drôlerie, extravagance et émotion. Il ose de surcroît une fin étourdissante et gonflée : plus de douze minutes de musique ininterrompue et de révélations. Les acteurs russes, véritables stars en leur pays, sont étonnants, débridés, fantasques, slaves et Branquignols à la fois. Mélanie Laurent, virtuose et à fleur de peau, nous fait oublier la déception du Tarantino (Inglourious Basterds) pour s'imposer comme une grande. François Berléand, lui, reste impayable, exubérant et raleur à souhait en patron du Chatelet. Un gros coup de coeur. D.A. - Le Journal du Dimanche 1er novembre 2009, Danielle Attali