Fruit de l'expérience de dialogue mené en particulier à l'école Ganenou, Soeur Isabelle Denis et Henri Cohen Solal ont laissé ces textes à la fin de leur conférence à l'AJC.

Fruit de l'expérience de dialogue mené en particulier à l'école Ganenou, Soeur Isabelle Denis et Henri Cohen Solal ont laissé ces textes à la fin de leur conférence à l'AJC.

Les cinq premiers commandements touchent aux conditions du dialogue et de l'usage de la parole, les cinq derniers concernent la reconnaissance de l'autre, l'interlocuteur

Lettre à Isabelle
Je t'ai fait sortir du pays d'égypte, de la maison de servitude… (Ex 20, 2)
Le dialogue s'établit entre deux hommes libres, dégagés de la tutelle pharaonique ; ils sont invités à se diriger en hommes libres et responsables de leurs paroles vers la montagne de l'enseignement fondé sur la justice et la vérité.
Tu ne feras pas de représentation… (Ex 20, 4)
Le dialogue suppose que s'ouvre un espace libre de tout stéréotype, de tout manichéisme, de tout abus du langage se présentant sous la forme d'idoles, d'images figées.
Tu n'invoqueras pas en vain le Nom… (Ex 20, 7)
Le nom du Créateur ne peut être évoqué en vain, il ne peut servir d'outil pour exercer un pouvoir sur autrui, mais il doit être invoqué parcimonieusement, avec sciences et sagesse avec amour et bienveillance.
Souviens-toi du shabbat… (Ex 20, 8)
Tout dialogue se construit sur l'espace de la rétraction de soi, tout dialogue suppose une plage de pause, de mise en repos, de qualité d'écoute, de mise en disponibilité de suspension de son activité pour recevoir l'autre.
Tu honoreras ton père et ta mère ... (Ex 20, 12)
La nomination de nos pères et de nos mères doit toujours être empreinte d'un respect profond. Abraham et Sarah, Moïse et Myriam, Jésus et Marie, Mohamed et ses épouses, toutes ces filiations doivent être reconnues dans leurs altérités.
Tu ne tueras pas… (Ex 20, 13)
Ne pas parler pour effacer l'autre, l'anéantir, le diminuer ou l'humilier, mais pour le reconnaître, l'entendre et le mettre en valeur.
Tu ne commettras pas d'adultère… (Ex 20, 14) Tu n'emprunteras pas le texte de l'autre pour le mettre à ton service dans ta maison. Respecte son texte comme tu respectes son épouse. Ne lui fais pas, dans ta lecture, d'enfants illégitimes.
Tu ne voleras pas… (Ex 20, 15 : Tu ne commettras pas de rapt…)
Ne jamais dérober, détourner, usurper la parole de l'autre, lui garder son contexte et son écrin, ne pas se l'approprier.
Tu ne déposeras pas de faux témoignages… (Ex 20, 16)
La parole de deux êtres engagés dans le dialogue doit toujours être élaborée dans le contexte de leur quête mutuelle de la vérité ; cela suppose de leur part droiture, honnêteté, attachement au réel. La parole s'exprime dans la construction de propositions claires et bien fondées.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain… (Ex 20, 17)
Reconnais ton lieu, tes limites, tes références, ta maison, préserver la place de l'autre, n'essaie jamais de forcer sa porte, d'envahir son lieu, ne l'exile jamais, ne l'exclue pas de sa parole et de son texte.
28 octobre 2010, 45° anniversaire de la Déclaration de l'Eglise catholique vis-à -vis des religions non-chrétiennes, Nostra aetate : le n° 4 sur sa relation avec le peuple juif, a opéré en son sein une révolution pas encore achevée. Des chemins irréversibles se sont ouverts depuis le Concile Vatican II sur la voie de l'estime et du dialogue. En témoignage la recherche d'une pédagogie du dialogue menée conjointement par Isabelle Denis, religieuse de Notre Dame de Sion www.sion.org et membre de l'association Yad Layeled www.yadlayeled.org et intervenante à l'Ecole Ganenou, www.ganenou.fr et Henri Cohen Solal, psychanalyste éducateur, co-fondateur de l'école Ganenou www.baitham.org , pour un judaïsme ouvert et pluriel ; co-fondateur des centres de Beit-Ham pour les jeunes en difficulté en Israël et en France ; et fondateur du collège doctoral Paris-Jérusalem pour la médiation interculturelle et psycho-sociale, en liaison avec l'Institut catholique de Paris.
diaporama de la conférence

Lettre ouverte à Isabelle

Jérusalem, le 6 juin 2010
Isabelle, shalom
Merci de m'avoir associé à ta recherche qui participe à une meilleure compréhension du judaïsme en milieu chrétien.
Sœur de Notre-Dame de Sion, à travers ton activité pédagogique inter-cultuelle dans l'école Ganenou depuis 25 ans tu t'es efforcée de transmettre et de mieux faire connaître aux enfants juifs les questions que se posaient les jeunes chrétiens au sujet du judaïsme ; et réciproquement tu as permis aux enfants juifs d'interroger les enfants chrétiens au sujet de leur christianisme auprès des élèves d'une école catholique.
Nous avons ensemble levé quelques faibles résistances et ouvert les portes à ce dialogue entre les enfants que chacun reconnaît comme précieux et fécond.
Nous avons toujours été sensibles que chacun parle de son lieu, et respecte l'autre dans sa parole.
Il n'y a pas de mauvaises questions entre les enfants, mais il peut y avoir des représentations erronées des uns et des autres qu'il faut savoir démonter. Nous avons combattu les préjugés, les stéréotypes et les malentendus.
En parallèle nous conduisions notre propre dialogue en nous interrogeant sur les meilleures conditions de sa réalisation entre les sujets chrétiens et juifs.
Je t'ai proposé un petit essai fondé sur la base du Décalogue pour penser l'autre dans le dialogue afin qu'il se sente réconforté, entendu, respecté. Quelques lignes écrites au cœur de nos échanges et inspirées dans la veine de ces dix commandements inducteurs d'humanité.
Dans notre lecture partagée du livre sur Bible et morale, de la Commission Biblique Pontificale[1] j'ai particulièrement insisté auprès de toi sur cinq points que j'ai relevés dans ce texte qui s'adresse aux fondements du judaïsme.
Toujours dans le même état d'esprit d'éviter les malentendus des uns vis à vis des autres.
Cinq notions fondamentales
1°Le peuple juif n'a pas fondé la foi.
Le peuple d'Israël prend place dans le texte de la Genèse après l'installation des figures universelles qui nourrissent l'humanité : les six lois d'Adam, les sept lois de Noé, les épreuves et les découvertes d'Abraham, fondateur du Monothéisme.
Israël naît plus tard avec Jacob dans son combat contre l'ange de la mort.
Moise prend place pour délivrer ce peuple devenu esclave en Egypte et lui propose de se tenir comme gardien et porte mémoire, d'un texte qu'il a reçu au Mont Sinai.
Le peuple juif ne fonde pas la foi, c'est trop d'honneur et aussi trop de danger.
Cela attise la jalousie.
La foi est fondée entre tous les hommes, en chaque homme.
2°Le peuple juif n'est pas un peuple élu au sens ou l'élection signifie l'excellence, la supériorité vis à vis des autres. Il est porteur d'une mission, il cherche à l'accomplir. Il s'y est engagé au Mont Sinaï.
Il est porteur d'une mission, il cherche à l'accomplir. Il s'y est engagé au Mont Sinaï.
Le fait d'avoir été choisi par le Créateur ne semble pas avoir été déterminé par une aptitude particulière à se tenir dans le monde autre que celle de l'humilité souvent attribuée à Moise.
La notion d'élection attise la vanité et suscite de nouveau la jalousie.
3° Le peuple juif n'est pas à positionner du côté de la « matière » quand le peuple chrétien serait du coté du « spirituel ». C'est une blessure infligé à tous ces chrétiens batisseurs, ingénieurs, architectes, hommes de science et génies créatifs.
C'est une autre blessure infligée à tous ces juifs penseurs, élevés dans la connaissance ...
C'est une violence exercée contre leurs noms propres et de la réalité de leur histoire.
4° Le peuple juif n'est pas inspiré par un Dieu « jaloux, vengeur, archaïque, pulsionnel », et le peuple chrétien par un Dieu « d'amour et de compassion, et de générosité ».
Les deux peuples vivent, monothéistes, abrités sous les tentes et dans le Jardin du même Créateur, qui est pour chacune des religions, Un et Un seul, Unique.
Toute autre affirmation peut être perçue comme une hérésie contre le monothéisme.
Une telle division du divin est une source infinie de tension, de malentendu, de dévalorisation de l'autre et de falsification du Nom et des attributs du Créateur.
5° La Thora que nous avons reçue au mont Sinaï n'est pas « une chape de plomb », remplie de «commandements négatifs » face à un Evangile libérateur et tourné uniquement vers les « commandements positifs ».
Les uns et les autres nous assumons le joug de la loi morale.
Celui de la justice qui s'exerce dans la renonciation de chacun à vouloir tout posséder, qui nous incite a savoir partager, à porter une attention à autrui, à l'aimer de tout son cœur.
Celui de la vérité qui exige de nous, de chasser, les fantasmes, les illusions, les subterfuges, à dénoncer les leurres, les faux-semblants.
Chacun de nous, chrétiens ou juifs luttons contre l'idolatrie avec la même volonté tenace de ne pas la laisser s'installer parmi nous avec son cortège de pensées totalitaires et perverses.
Chacun d'entre nous éprouvons le même amour pour les créatures du Créateur, qui nous inspire de ne pas leur faire de mal, de ne pas tuer, de ne pas voler, de ne pas le spolier, de ne pas mentir et de ne pas trahir...
Si nos textes nous enseignent que, dans le développement de l'histoire des révélations, nous tenons la place du « frère aîné » au cœur d'une fratrie de trois enfants porteurs des visages du monothéisme, il faut que ce concept de frère nous enseigne à nous protéger les uns les autres, à chasser de nous la pulsion meurtrière qui pousse Caïn à tuer son frère Abel.
Cette haine fraternelle encombre l'histoire de nos filiations. Elle en détourne le sens profond au cœur de notre diversité.
Nous avons toujours dans notre dialogue ce souci vigilant de se maintenir dans une écoute bienveillante accompagnée de cette crainte fondamentale de ne pas blesser l'autre.
Elle nous force à chaque instant à réparer, à retravailler et à destituer les scories de l'imaginaire qui encombrent, voilent ou tachent le visage de son prochain.
Cette confiance, nous avions envie de la transmettre.
Mon plus fraternel shalom.
Henri Cohen Solal[2]
[1] Bible et Morale, quels critères pour discerner ? Commission Biblique Pontificale, Nouvelle Cité, 2009 trad. française
[2] Henri Cohen Solal, psychanalyste éducateur, co-fondateur de l'école Ganenou pour un judaïsme ouvert et pluriel www.ganenou.fr ; co-fondateur des centres de Beit-Ham pour les jeunes en difficulté en Israël et en France www.baitham.org ; fondateur du collège doctoral Paris-Jérusalem pour la médiation interculturelle et psycho-sociale, en liaison avec l'Institut catholique de Paris.
Lire ensemble, juifs et chrétiens, le Décalogue :une proposition de dialogue
La toute récente Exhortation Apostolique de Benoît XVI, Verbum Domini, reprend les propositions du synode de 2008. Par rapport à la relation entre Juifs et Chrétiens, ce document rappelle, entre autres ([1]) : la déclaration de Jean-Paul II « vous êtes nos frères préférés dans la foi d'Abraham, notre patriarche ». Et Benoît XVI ajoute, à la première personne : « Je désire réaffirmer encore une fois combien le dialogue avec les Juifs est précieux pour l'église. Il est bon que, là où on en voit l'opportunité, se créent des occasions de rencontre et d'échange, y compris publiques, qui favorisent l'approfondissement de la connaissance mutuelle, de l'estime réciproque et de la collaboration, également dans l'étude des Saintes écritures ».
En septembre 2009, était parue la traduction d'un document de la Commission Biblique Pontificale ([2]) datée de 2008, intitulé : Bible et morale, « Les racines bibliques de l'agir chrétien ». Le document se donne pour objectif « un dialogue fécond avec les juifs, nos frères aînés », dans la ligne du renouveau des relations entre juifs et chrétiens : « Perspectives d'avenir : d'abord, le dialogue... un dialogue fécond avec les juifs, nos « frères aînés » : il peut nous aider les uns et les autres à toujours mieux situer les lois plurielles, parfois relatives, dans l'axe plus fondamental de la Loi théologique, considérée comme un ‘chemin' de salut donné gratuitement à l'humanité » (n° 160, pp. 275-276).
Dans ce souhait, l'expression: « les juifs, nos frères aînés », qui s'y trouve aussi mérite d'être relevée. Employée pour la première fois par Jean‑Paul II lors de son discours à la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, elle se trouve déjà dans la tradition orale juive, citée par Elie Munk ([3]) à propos d'un passage clé de la Tora : Exode, 4,22 :
« Israël n'est pas le fils unique mais le premier-né de la vaste famille des nations. Aussi, l'honneur qui lui échoit comporte-t-il une grave responsabilité morale, bien plus qu'un privilège de naissance. Il doit remplir le rôle de frère aîné : être le guide fidèle et dévoué de ses frères cadets ».
Commentant lors de cette visite le n°4 de Nostra aetate ([4]), Jean-Paul II a dit : « La religion juive ne nous est pas ‘extrinsèque', mais, en un certain sens, elle est ‘intrinsèque' à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés ».
Affirmant que la religion juive est « intrinsèque » à la religion chrétienne, Jean-Paul II engagerait-il l'Eglise à prendre davantage conscience de ce qu'ont d'original « des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion » ?
Dans ce contexte, le Décalogue, qui est au cœur de la Bible hébraïque, Premier/Ancien Testament pour les chrétiens, ne serait-il pas le texte par excellence à étudier comme terrain de recherche d'un « lire ensemble », juifs et chrétiens ? Nous offrirait-il une occasion privilégiée de mettre en pratique une pédagogie du dialogue ?
C'est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés, Henri Cohen Solal[5][1][5] et moi-même, persuadés qu'il n'était pas de meilleur chemin que ce Décalogue, pour apprendre les uns et les autres, les uns par les autres, à écouter la parole de l'éternel, proclamée pour toute l'humanité sur la montagne du Sinaï : « Nous accomplirons et nous écouterons (Ex 24, 7) », c'est la réponse du peuple d'Israël, après la lecture du livre de l'Alliance par Moïse.
Car une première lecture du document de la Commission a pu laisser quelque peu perplexe : comment en effet concilier une telle proposition de dialogue avec le vocabulaire technique du document et certaines formules de moralistes chrétiens ? Certaines expressions seraient, me semblait-il, difficilement compréhensibles pour un lecteur juif ([6]).
Dans cet essai, nous nous proposons d'explorer quelques pistes sur la voie de ce dialogue([7].) I. - Une proposition juive : le Décalogue dans le dialogue inter-religieux (Henri Cohen Solal)
Les fondements du dialogue inter-religieux dans le Décalogue
Les cinq premiers commandements touchent aux conditions du dialogue et de l'usage de la parole, les cinq derniers concernent la reconnaissance de l'autre, l'interlocuteur.
Je t'ai fait sortir du pays d'égypte, de la maison de servitude… (Ex 20, 2) Le dialogue s'établit entre deux hommes libres, dégagés de la tutelle pharaonique ; ils sont invités à se diriger en hommes libres et responsables de leurs paroles vers la montagne de l'enseignement fondé sur la justice et la vérité.
Tu ne feras pas de représentation… (Ex 20, 4)
Le dialogue suppose que s'ouvre un espace libre de tout stéréotype, de tout manichéisme, de tout abus du langage se présentant sous la forme d'idoles, d'images figées.
Tu n'invoqueras pas en vain le Nom… (Ex 20, 7)
Le nom du Créateur ne peut être évoqué en vain, il ne peut servir d'outil pour exercer un pouvoir sur autrui, mais il doit être invoqué parcimonieusement, avec sciences et sagesse avec amour et bienveillance.
Souviens-toi du shabbat… (Ex 20, 8) Tout dialogue se construit sur l'espace de la rétraction de soi, tout dialogue suppose une plage de pause, de mise en repos, de qualité d'écoute, de mise en disponibilité de suspension de son activité pour recevoir l'autre.
Tu honoreras ton père et ta mère ... (Ex 20, 12)
La nomination de nos pères et de nos mères doit toujours être empreinte d'un respect profond. Abraham et Sarah, Moïse et Myriam, Jésus et Marie, Mohamed et ses épouses, toutes ces filiations doivent être reconnues dans leurs altérités. _Tu ne tueras pas… (Ex 20, 13)
Ne pas parler pour effacer l'autre, l'anéantir, le diminuer ou l'humilier, mais pour le reconnaître, l'entendre et le mettre en valeur.
Tu ne commettras pas d'adultère… (Ex 20, 14)
Tu n'emprunteras pas le texte de l'autre pour le mettre à ton service dans ta maison. Respecte son texte comme tu respectes son épouse. Ne lui fais pas, dans ta lecture, d'enfants illégitimes.
Tu ne voleras pas… (Ex 20, 15 : Tu ne commettras pas de rapt…)
Ne jamais dérober, détourner, usurper la parole de l'autre, lui garder son contexte et son écrin, ne pas se l'approprier.
Tu ne déposeras pas de faux témoignages… (Ex 20, 16)
La parole de deux êtres engagés dans le dialogue doit toujours être élaborée dans le contexte de leur quête mutuelle de la vérité ; cela suppose de leur part droiture, honnêteté, attachement au réel. La parole s'exprime dans la construction de propositions claires et bien fondées.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain… (Ex 20, 17)
Reconnais ton lieu, tes limites, tes références, ta maison, préserver la place de l'autre, n'essaie jamais de forcer sa porte, d'envahir son lieu, ne l'exile jamais, ne l'exclue pas de sa parole et de son texte.
II. - le Décalogue : une relecture chrétienne pour notre temps
Le Décalogue est bien présent dans le Nouveau Testament : ainsi, l'évangile de Matthieu rapporte la scène dans laquelle un homme s'approche de Jésus et lui demande ce qu'il doit faire pour entrer dans la vie éternelle. Jésus lui répond en le renvoyant au Décalogue :
« Jésus dit : si tu veux entrer vers la vie, garde les commandements […] : Tu ne commettras – pas – de – meurtre. Tu ne commettras – pas – d'adultère. Tu ne voleras pas, tu ne porteras – pas – de – faux – témoignage, apprécie ton père et ta mère (Ex 20, 12-16) et tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lev 19,18). Le jeune homme lui dit : Tout ceci je l'ai observé ; en quoi suis- je – en – retard encore ? Jésus lui déclara : si tu veux être parfait, pars, mets – en – vente ce qui t'appartient, et donne (le) aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux, et allons, suis-moi. » (Mt 19, 16-21, traduction Jean Radermakers) ([8])
Jean Radermakers ([9]) commente ce passage en soulignant que la valeur propre du Décalogue demeure, et, qu'en même temps, une nouvelle étape commence pour celui que Jésus appelle à le suivre :
« Il importe de vivre selon Dieu [le seul BON] pour pouvoir partager sa vie ; et le chemin de sa miséricordieuse bonté, c'est la Loi, ce sont les commandements. En second lieu, il [Jésus] insiste sur ‘ le parfait'. En fait ces deux vocables sont synonymes, car la perfection, nous l'avons vu dans le discours sur la montagne (cf. 5,48), c'est la fidélité intégrale à la Loi dans son accomplissement qu'est Jésus. […] La ‘perfection', note proprement matthéenne, n'est autre que l'exigence même de la Loi accomplie par Jésus. Le saisir, c'est être emporté dans la logique impérative de la ‘ suite de Jésus'. »
Envisager la perfection comme « la suite de Jésus » n'enlève rien à la valeur propre de l'Ancien/Premier Testament, qui garde « sa place centrale comme message commun éthique de valeur éternelle pour Israël, l'église, les non-croyants et l'humanité entière », selon le mot de Benoît XVI. Celui-ci a repris ce thème en 2010, dans son discours à la synagogue de Rome ([10]), en soulignant que le Décalogue est commun aux juifs et aux chrétiens pour un agir ensemble au service de l'humanité :
« Le Décalogue ([11]) - les « Dix Paroles » ou Dix Commandements (cf. Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 1-21) – qui provient de la Torah de Moïse, constitue le flambeau de l'éthique, de l'espérance et du dialogue, étoile polaire de la foi et de la morale du peuple de Dieu, et il éclaire et guide également le chemin des chrétiens. Il constitue un phare et une norme de vie dans la justice et dans l'amour, un « grand code » éthique pour toute l'humanité.
Les « Dix Paroles » jettent une lumière sur le bien et le mal, sur le vrai et le faux, sur le juste et l'injuste, également selon les critères de la conscience juste de toute personne humaine […] Dans cette perspective, les domaines de collaboration et de témoignage sont divers. […]
Les « Dix Paroles » demandent de reconnaître l'unique Seigneur, contre la tentation de se construire d'autres idoles, se faire des veaux d'or […] Réveiller dans notre société l'ouverture à la dimension transcendante, témoigner de l'unique Dieu est un service précieux que les juifs et les chrétiens peuvent offrir ensemble.
Les « Dix Paroles » demandent le respect, la protection de la vie, contre toute injustice ou tout abus de pouvoir, en reconnaissant la valeur de toute personne humaine, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. […] Témoigner ensemble de la valeur suprême de la vie contre tout égoïsme, c'est offrir une contribution importante à un monde où puisse régner la justice et la paix, le « shalom » appelé de leurs vœux par les législateurs, par les prophètes et par les sages d'Israël.
Les « Dix Paroles » exigent de conserver et de promouvoir la sainteté de la famille […] précieux service à offrir pour la construction d'un monde au visage plus humain.
Comme l'enseigne Moïse dans le Shemà (cf. Dt 6, 5 ; Lv 19, 34)  et Jésus le réaffirme dans l'évangile (cf. Mc 12, 19-31), tous les commandements se résument dans l'amour de Dieu et dans la miséricorde envers le prochain. Cette Règle engage les juifs et les chrétiens ».
III.- Du « lire ensemble » au dialogue entre juifs et chrétiens
Juifs et chrétiens, selon leurs vocations différentes, sont engagés dans la mise en œuvre du Décalogue, en raison d'un unique dessein, le bonheur de l'humanité. La reconnaissance par l'église de « l'Alliance jamais révoquée » et de la valeur propre du Premier Testament, ainsi que de la lecture juive des écritures sont à la base du dialogue entre juifs et chrétiens pour un agir ensemble, sans confusion d'identité. Le document de la Commission biblique Pontificale, de 2001, cité plus haut ([12]), constitue lui aussi une base de référence pour un dialogue fécond entre juifs et chrétiens. Sans oublier les textes d'applications de Nostra Aetate qui ont précédé ([13]).
Il reste vrai que la foi en la Résurrection de Jésus de Nazareth reconnu comme Christ, introduit dans la lecture chrétienne des écritures un élément absolument nouveau, et provoque un déplacement dans cette lecture ; mais ce déplacement, d'une importance capitale pour le chrétien, s'appuie sur le Premier Testament et ne va pas sans lui ; pour le chrétien, il y a un va-et-vient incompressible de l'un à l'autre Testament, un va-et-vient qui ne supprime pas la lecture faite par le peuple juif aujourd'hui. En particulier, si le chrétien peut croire que dans la Résurrection du Christ Dieu est intervenu réellement dans l'histoire des hommes, cela ne lui est possible que parce qu'il sait, par le Premier Testament dont les juifs restent les gardiens, que, bien avant le Christ, Dieu est déjà intervenu dans l'histoire, en son dessein universel.
Prendre conscience du déplacement que représente la venue du Christ ([14]) permet-il d'expliquer la difficulté qu'il y a à choisir des formulations accessibles à d'autres quand la réflexion chrétienne s'interroge sur les racines bibliques de l'agir chrétien ? Comment répondre au souhait de dialogue avec le peuple juif, émis dans le document Bible et morale, de la Commission Biblique Pontificale citant : un extrait d'un livre de Benoît XVI :
« Sans Dieu on ne peut construire aucune éthique. Même le Décalogue, qui est sans doute un axe moral de la Sainte écriture, et qui prend une telle importance dans le débat interculturel, ne doit pas d'abord être compris comme loi, mais plutôt comme don : il est évangile, et on peut le comprendre pleinement dans la perspective qui culmine en Christ ; ce n'est donc pas une liste de préceptes définis pour eux-mêmes, mais un dynamisme ouvert à un approfondissement toujours plus grand. » ([15])
Affirmer ainsi du Décalogue qu'« il est évangile » n'est pas sans poser de questions pour un partenaire juif. Mais une explication est également nécessaire pour le chrétien, tenté parfois d'imiter l'hérésie de Marcion, qui, au second siècle, rejetait le Premier Testament pour ne retenir que le Nouveau. Cela suppose un approfondissement du « mystère de l'église », que nous trouvons dans les documents d'application qui ont suivi la déclaration conciliaire Nostra Aetate ([16]).
En fait, pour bien comprendre la pensée de Benoît XVI, il est essentiel de savoir à quel niveau il faut lire l'intégralité de sa pensée exprimée dans l'ouvrage comportant l'extrait cité plus haut, avec la référence du livre. Il importe notamment de tenir compte de l'apport des Pères de l'église, par exemple de celui d'Origène. Celui-ci, dans la ligne de l'authentique Tradition chrétienne, venue notamment de saint Paul, nous offre une lecture des écritures que l'on retrouve dans le concile de Vatican II. Cette lecture a le mérite de lever l'ambiguïté d'une théologie de la substitution, selon laquelle l'église remplacerait purement et simplement l'Ancien Israël.
Le « déplacement » en Jésus-Christ que propose la foi chrétienne est un déplacement fondé sur la valeur propre et permanente de l'Ancien/Premier Testament, sinon on retomberait dans l'erreur de Marcion.
Un texte intéressant et bien connu d'Origène, au III° siècle, illustre magnifiquement cette continuité en même temps que l'affirmation d'une réelle nouveauté :
« Avant la venue du Christ, la Loi et les Prophètes ne contenaient pas l'annonce qu'implique la définition du mot ‘évangile', puisque celui qui devait éclairer les mystères qu'ils renferment n'était pas encore venu. – Parce qu'il est venu, et parce qu'il a réalisé une ‘incarnation' ([17]) de l'évangile, le Sauveur a, par l'évangile, fait de tout comme un évangile [...] Donc, avant l'Evangile qui a pris naissance par la venue du Christ, aucun des écrits des anciens n'était un évangile.» ([18])
En guise de conclusion
Partis d'un étonnement, provoqué par une proposition de dialogue qui ne présentait peut-être pas toutes les conditions nécessaires pour faciliter et accueillir la lecture de l'autre, la lecture juive, nous avons vu l'importance de se réapproprier les orientations conciliaires de Vatican II concernant les racines juives du christianisme. Un essai de mise au point a été faite, incontournable pour quiconque veut prendre sérieusement en compte un « lire ensemble » des mêmes écritures, dans le respect des identités différentes, pour « un dialogue fécond avec les juifs, nos frères aînés » ([19]).
Alors peut se dessiner une nouvelle perspective dans le respect de la valeur propre de la Bible hébraïque, Ancien/Premier Testament, partie intégrante de la Bible chrétienne, Terre Sainte dans laquelle s'enracine le Nouveau Testament.
Remarquable par sa concision, son importance théologique et par son ouverture universelle, le Décalogue garde toute sa valeur pérenne, avec la richesse des interprétations, tant juives et chrétiennes, dont il est l'objet. Il constitue ainsi un exemple particulièrement intéressant des possibilités qui s'offrent à nous pour un « dialogue » entre juifs et chrétiens à partir des écritures ([20]). Cette approche engendre des perspectives d'actions et d'échanges encore à approfondir, entre chrétiens et juifs, leurs « frères aînés.
Isabelle Denis nds avec la participation d'Henri Cohen-Solal
L'importance du Décalogue pour l'humanité a été perçue par bien des penseurs et des hommes d'action travaillant au service de l'ordre social et de la paix dans le monde. Relevons pour terminer un exemple, quelque peu inattendu, celui de Monseigneur Félix Dupanloup (1802-1878), évêque d'Orléans, dans un discours prononcé à l'Assemblée Nationale en 1873, cité par le Rabbin Kaplan ([21]) : « Je répète, Messieurs, que vous avez besoin de toutes vos forces. Vous en avez besoin pour rasseoir votre société ébranlée. Vous avez besoin de la loi morale. Eh bien je vous dis et je vous affirme qu'il n'y en a qu'une qui puisse vous sauvez, c'est le Décalogue.
S'il y a tant d'incertitudes dans vos conseils, si la société tremble sur ses bases, si la terre fuit sous vos pas, c'est que le Décalogue vous manque. Faites retentir aux oreilles de ce peuple, et mettez dans son ame, si vous le pouvez, ces grandes paroles : ‘Tu ne tueras pas ; tu ne déroberas pas ; tu ne mentiras pas.' Vous aurez fait alors un grand pas vers l'ordre social.
Voulez-vous que j'ajoute encore quelque chose qui vous étonnera davantage ? Mettez dans l'ame de vos semblables et dans la vôtre le grand commandement du décalogue : ‘ Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même', et la paix sera faite » ([22]).
Isabelle Denis nds avec la participation d'Henri Cohen-Solal
[1] Verbum Domini, présentée au Vatican le 11 novembre 2010, signé par Benoît XVI le 30 septembre 2010, en la Saint Jérôme. Le titre est aussi un écho à la Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur la Révélation divine « Dei Verbum », promulguée par le pape Paul VI il y a 45 ans, le 18 novembre 1965.
Le rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament
40. Dans la perspective de l'unité des écritures dans le Christ, il est nécessaire pour les théologiens comme pour les Pasteurs d'être conscients des relations qui existent entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Avant tout, il est évident que le Nouveau Testament lui-même reconnaît l'Ancien Testament comme Parole de Dieu et c'est pourquoi il accueille l'autorité des Saintes écritures du peuple juif.[131]
... En conséquence, «le Nouveau Testament demande aussi d'être lu à la lumière de l'Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours (1 Co 5, 6-8; 1 Co 10, 1-11)».[136] Les Pères synodaux ont pour cette raison affirmé que «la compréhension juive de la Bible peut aider les Chrétiens dans l'intelligence et l'étude des écritures».[137]
«Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien et l'Ancien est révélé dans le Nouveau
Chrétiens et Juifs face aux écritures
43. En considérant les étroites relations qui lient le Nouveau Testament à l'Ancien, notre attention se porte spontanément sur le lien particulier qui en résulte entre Chrétiens et Juifs, un lien qui ne devrait jamais être oublié. Aux Juifs, le Pape Jean-Paul II a déclaré: vous êtes «Ã¢â‚¬Ëœnos frères préférés' dans la foi d'Abraham, notre patriarche».[141] ...
L'exemple de saint Paul (cf. Rm 9-11) démontre, au contraire, qu'«une attitude de respect, d'estime et d'amour pour le Peuple juif est la seule attitude véritablement chrétienne dans cette situation qui fait mystérieusement partie du dessein, totalement positif, de Dieu».[142] Saint Paul, en effet, affirme à propos des Juifs que «le choix de Dieu en a fait des bien-aimés, et c'est à cause de leurs pères. Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables» (Rm 11, 28-29).
En outre, saint Paul utilise la belle image de l'olivier pour décrire les relations très étroites entre Chrétiens et Juifs: l'église des Gentils est comme un rameau d'olivier sauvage, greffé sur l'olivier franc qui est le Peuple de l'Alliance (cf. Rm 11, 17-24). Nous tirons donc notre nourriture des mêmes racines spirituelles. Nous nous rencontrons comme des frères, des frères qui à certains moments de leur histoire ont eu une relation tendue, mais qui sont maintenant fermement engagés dans la construction de ponts sur la base d'une amitié durable.[143] C'est encore le Pape Jean-Paul II qui disait: «Nous avons beaucoup en commun. Ensemble, nous pouvons faire beaucoup pour la paix, pour la justice et pour un monde plus fraternel et plus humain».[144] Je désire réaffirmer encore une fois combien le dialogue avec les Juifs est précieux pour l'église. Il est bon que, là où on en voit l'opportunité, se créent des occasions de rencontre et d'échange, y compris publiques, qui favorisent l'approfondissement de la connaissance mutuelle, de l'estime réciproque et de la collaboration, également dans l'étude des Saintes écritures.
[2] Abréviations : CBP : Commission Biblique Pontificale.
[3] La Voix de la Torah, commentaire du Pentateuque, l Exode, Elie Munk, Fondation Samuel et Odette Levy, 6° éd. 1992, Paris. Elie Munk étant décédé en 1981, son commentaire précède celui de Jean-Paul II, de 1986.
[4] Déclaration sur l'attitude de l'Eglise à l'égard des religions non chrétiennes, dite Nostra Aetate, Concile Vatican II, 1965, éditée, avec les principaux documents d'application qui ont suivi, dans le n° hors série SENS en 1999, Le dialogue judéo-chrétien, Textes fondamentaux.
[5] Henri Cohen Solal, psychanalyste éducateur, co-fondateur de l'école Ganenou pour un judaïsme ouvert et pluriel ; co-fondateur des centres de Beit-Ham pour les jeunes en difficulté en Israël et en France ; fondateur du collège doctoral Paris-Jérusalem pour la médiation interculturelle et psycho-sociale, en liaison avec l'Institut catholique de Paris.
[6] Entre autre à propos du « peuple élu » (p.12 et n°7) ; du Décalogue « (n°26 ; ; 30 ; 32 ; 95 ; 157 ; 104) ; alliance nouvelle (n° 38) ; pur et impur (n°13) ; règne de Dieu (n°42- 43) ; la foi (n°51) ; espérance en l'au-delà (n°104) du « cycle de vengeance (n°121), Bible et morale, CBP, Editio Vaticana…. 2009 trad. française.
[7] Pistes de Dialogue qui pourraient être « précieux » pour enrichir les nombreux commentaires du Catéchisme Catholique, Mame/Plon, 1992, qui dans sa version intégrale a plus de 500 paragraphes pour commenter les « Dix commandements » , sans jamais faire appel à la tradition juive en elle-même ; de même pour ce qui est dit de ces Dix commandements dans le message du Cardinal Ennio Antonelli, du Conseil Pontifical pour la famille, à Beyrouth, le 13 février 2010 au n° 9 : « L'Ethique chrétienne assume les dix commandements dans la perspective de l'amour comme don et communion. C'est pourquoi elle les confirme et le dépasse... »
[8] Au fil de l'évangile selon saint Matthieu, Jean Radermakers, IET Louvain, 1972, 1. Texte, p. 63
[9] Idem tome II, pp. 259-260
[10] Cf. Le discours de Benoît XVI à la synagogue de Rome le 17 janvier 2010
[11] Cf. aussi ce que le discours de Benoît XVI le 19 août 2005 à la Synagogue de Cologne : « Notre riche patrimoine commun et nos relations fraternelles inspirées par une confiance croissante nous incitent à donner ensemble un témoignage encore plus unanime […]. Le Décalogue (cf. Ex 20, Dt 5) constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs. Les dix commandements ne sont pas un poids, mais la direction donnée sur le chemin d'une vie réussie. Ils le sont, en particulier, pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à cœur. Mon souhait est qu'ils sachent reconnaître dans le Décalogue, notre fondement commun, la lampe de leurs pas, la lumière de leur route (cf. Ps 119, 105). Les adultes ont la responsabilité de transmettre aux jeunes le flambeau de l'espérance qui a été donnée par Dieu aux juifs comme aux chrétiens. »
[12] Le peuple juif et ses Saintes écritures dans la Bible chrétienne, CBP, Cerf, 2001
[13] Cf. Sens n° hors série, 1999 avec les textes des documents d'applications de 1973, 1975, 1985 ainsi que les documents sur la réflexion/ repentance de l'Eglise par rapport à la Shoah
[14] Cf. aussi « identità cristina e pluralismo religioso » par le Card. ennio Antonelli, président du Conseil pontifical pour la famille, à Beyrouth, le 13 février 2010, avec une réflexion sur l'éthique chrétienne, la personne de Jésus-Christ et les dix commandements.
[15] Cf. J. Ratzinger, « Il rinnovamento della teologia morale : Prospettive del Vaticano et di Veritatis Splendor » in Camminare nella luce : Prospettive della teologia morale a partire da Véritas Splendeur, sous la direction de L. Melina et G. Noriega, PUL, Rome 2004, 39-40 et 44-45) Ces documents sont repris dans le n°95 de Bible et morale, CBP, trad. française 2009, déjà cité.
[16] Cf. principalement Les Textes fondamentaux, le dialogue judéo-chrétien, le numéro hors série, SENS, 1999
[17] Il a réalisé une ‘incarnation' de l'évangile : littéralement : Il a réalisé une venue à corps de l'évangile : To euanggélion sômatopoiêthêvai poiêsas.
[18] Cf. Origène, Commentaire de l'évangile selon St Jean, Livre I, §§ 33 et 36 ; SC 120, p. 77-79)
[19] Ouvrages pour approfondir : Judaïsme et christianisme, l'écoute en partage, C. Chalier, M. Faessler, Cerf, 2001 ; Théologie chrétienne du Judaïsme, Clemens Thoma, Parole et Silence, 2005 ; Quarante ans d'études sur Israël, Bernard Dupuy, Parole et Silence, 2008 ; A l'écoute d'Israël en église, Pierre Lenhardt, Tomes I et II, Parole et Silence, 2006 et 2009. Les Dix Paroles, Cerf, 1995 ; La Tora vient des cieux, Dominique de la Maisonneuve sr de ND Sion, Parole et Silence, 2010.
[20] Cf. par exemple le récent commentaire du C. Kasper dans son allocution à Liverpool le 24 mai 2010: “Perhaps more helpful than a conceptual clarification is the image that Paul uses in the Letter to the Romans for the relationship between Judaism and Christianity. He speaks of the root of Israel into which the wild branches of the Gentiles have been implanted (Rom 11:16–20). This image, going back to the prophet Isaiah (Is 11:1), expresses the sense of distinction within unity in two ways. On the one hand, it is said that the engrafted wild branches have not grown from the rootstock itself and cannot be derived from it. The grafting is something new: it is God's own irreducible act. The church is thus not simply a branch, a fruit or an offshoot of Israel. On the other hand, the church must draw its vigor and strength from the rootstock of Israel. If the engrafted branches are cut off from the root, they become withered, weak and eventually die. Thus, cutting itself off from its Jewish roots for centuries weakened the church, a weakness that became evident in the altogether too feeble resistance against the persecution of Jews.â€Â
[21] Témoignages sur Israël, Jacob. Kaplan : La première édition de 1938 a été brûlée par les Nazis. La présente édition a paru après la 2° Guerre Mondiale, Regain Monte-Carlo, 1949
[22] Félix Dupanloup (1802-1878 Discours à l'Assemblée Nationale sur le conseil supérieur de l'instruction publique, p.10, Paris, Douniol, 1873, cité dans Témoignages sur Israël, Jacob. Kaplan, Regain Monte-Carlo, 1949, page 122.